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29/09/2014

Antiaméricanisme primaire

Comme déclarait Bernard Kouchner récemment : "l'anti-américanisme est une maladie européenne". Il faut préciser qu'au sein de l'Europe, le rejet de la culture américaine est surtout une spécialité anglaise, française voire italienne, étant donné la parenté plus proche entre la culture germanique et la culture américaine.

A. de Tocqueville a longuement disserté sur les diverses origines de la culture américaine, composite. Le fait est que ces grandes tendances, dont le mouvement religieux puritain, étaient et demeurent regardées en Europe comme des mouvements arriérés. Aussi plein d'espoir soit Tocqueville dans le progrès de la société américaine, il ne dissimule rien de la barbarie préliminaire du génocide des Indiens d'Amérique, premier acte de la volonté de conquête et de profit manifestée par les colonies primitives.

L'hostilité soviétique est, d'une certaine façon, moins solidement fondée que l'hostilité européenne, car elle résulte d'une concurrence économique et militaire, et de la propagande engendrée par cette guerre entre deux "super-puissances", bien plus que de raisonnements culturels ou artistiques, voire scientifiques. L'Europe du XIXe siècle, qui se voulait largement l'héritière des Lumières, compte plusieurs philosophes ou doctrinaires mettant en cause la politique et les moeurs modernes bourgeois dont les Etats-Unis sont, qu'on le veuille ou non, emblématiques. Mentionner Nietzsche et Marx dans ce cas, le premier en raison de son attachement à la culture aristocratique, le second à cause de sa critique de l'impérialisme capitaliste, permet d'illustrer la largeur du "front antiaméricain", dépassant les clivages politiques conventionnels.

B. Kouchner ajoute qu'en dépit de cette hostilité des Européens vis-à-vis des Etats-Unis, ceux-ci sont systématiquement "appelés à la rescousse en cas de problème". Mais ce raccourci dissimule que, en réalité, ce sont les élites technocratiques européennes qui, peu à peu depuis la Libération, ont tissé des liens avec les Etats-Unis ; très largement ces liens sont des liens de vassalité économique et militaire.

On ne peut donc pas opposer à l'antimodernité primaire de Nietzsche, proche du point de vue français sur les Etats-Unis, ni à l'anticapitalisme de Marx, une sympathie plus humaniste pour cette nation suivant le propos de B. Kouchner. Ce serait peu conforme à la réalité d'un pacte diplomatique.

Le dernier que l'on peut taxer d'antiaméricanisme primaire est l'essayiste français Tocqueville, qui tenta de sonder le "potentiel" des Etats-Unis et de la démocratie en termes de progrès, le plus objectivement possible. Les valeurs aristocratiques et chrétiennes auxquelles ce géopolitologue est attaché (ou ce qu'il considère ainsi) le prédisposent à espérer dans la société américaine, et il semble incontestable que la démocratie, en tant que système juridique préservant un Etat et une administration centralisée puissants (contrairement à l'utopie démocratique marxiste), s'appuie sur une inclination religieuse ou psychologique indissociable de l'Occident chrétien, et donc de l'Eglise romaine. Peu ou prou, le citoyen d'une démocratie moderne est un membre de l'Eglise romaine qui s'ignore, à lire Tocqueville.

Cependant l'étude de Tocqueville est assez éloignée de la foi dévote dans l'avenir, véritable mécanique ou automatisme spirituel à la mode aujourd'hui. Cette étude comporte certains paradoxes ou contradictions. En effet, la démocratie serait selon Tocqueville favorable à l'individualisme ; alors que, dans le même temps, il décèle dans la démocratie une pente naturelle à la concentration des pouvoirs en matière de gouvernement. On peut penser au contraire qu'un esprit vraiment individualiste verra dans la concentration des pouvoirs engendrée par la démocratie une cause d'aliénation supplémentaire. De même, alors que Tocqueville discerne dans la démocratie ou l'égalitarisme un préjugé chrétien, il fustige la foi dans le panthéisme à laquelle la démocratie serait favorable selon lui : "Parmi les différents systèmes à l'aide desquels la philosophie cherche à expliquer l'univers, le panthéisme me paraît l'un des plus propres à séduire l'esprit humain dans les siècles démocratiques ; c'est contre lui que tous ceux qui restent épris de la véritable grandeur de l'homme doivent se réunir et se combattre."

En ce qui concerne l'état de la culture des Américains de son temps, le jugement de Tocqueville est en revanche à peu près dépourvu de contradiction ou d'ambiguïté. Cette appréciation quant à l'aspect artistique ou scientifique est importante, car ces critères sont très largement utilisés par les penseurs, les critiques, voire les humoristes Européens afin de qualifier les Américains de philistins.

T. écrit ainsi : "Il faut reconnaître que, parmi les peuples civilisés de nos jours, il en est peu chez qui les hautes sciences aient fait moins de progrès qu'aux Etats-Unis, et qui aient fourni moins de grands artistes, de poètes illustres et de célèbres écrivains.

Plusieurs Européens, frappés de ce spectacle, l'ont considéré comme un résultat naturel et inévitable de l'égalité, et ils ont pensé que, si l'état social et les institutions démocratiques venaient une fois à prévaloir sur toute la terre, l'esprit humain verrait s'obscurcir peu à peu les lumières qui l'éclairent, et que les hommes retomberaient dans les ténèbres."

T. reconnaît ici à la critique antiaméricaine une certaine consistance, avant de se lancer ensuite dans la démonstration que le mépris des Américains pour les attributs des civilisations les plus élevées n'est qu'un concours de circonstances.

Il ne faudrait pas, en somme, selon T., jeter le bébé avec l'eau du bain. Ici ou là, Tocqueville envisage tout de même, comme un épouvantail, un régime démocratique qui serait proche du totalitarisme, bien que respectueux en apparence de certains codes ou réflexes démocratiques.

Un siècle et demi après son étude, que penserait l'auteur de "De la Démocratie en Amérique" de la tournure prise par la civilisation américaine ? Estimerait-il qu'elle a pris le meilleur sur son atavisme cupide, découlant de la colonisation brutale ? Ou estimerait-il au contraire que seule a progressé la capacité militaire et économique des Etats-Unis afin de persuader le reste du monde, par des moyens de propagande divers, que le mouvement imprimé par les Etats-Unis est un mouvement civilisateur et non barbare ?

Télémax


27/09/2014

Choc des cultures

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Chaque culture consiste dans une justification de la violence plus ou moins pharisienne.

24/09/2014

Manuel Valls contre l'Etat islamique

Les conseillers en communication politique n'ont pas à aller chercher bien loin leurs clichés. Goebbels pas mort.

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22/09/2014

Caricature Nicolas Sarkozy

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Sans doute rien de tel pour désintoxiquer de la politique que la lecture de Shakespeare. Le rêve traduit selon lui l'impuissance humaine, et c'est du côté de la science et non de la politique que l'homme peut trouver le salut (la science débarrassée du mobile politique).


20/09/2014

Caricature Emmanuel Macron

L'économie est une science surréaliste, qui n'est pas prisée pour rien des cacouacs et de toutes les espèces charognardes. Z.

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19/09/2014

Caricature Nicolas Sarkozy

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17/09/2014

Le Monde contre M. Onfray

Michel Onfray est tout sauf anarchiste puisque, à l'en croire il est "nietzschéen". Or il n'y a pas de contempteur plus catégorique de l'anarchie que Nietzsche, au nom de la vertu. Sa doctrine est entièrement faite pour contrer la culture moderne, à laquelle le philosophe réactionnaire prête tous les maux.

Si cette précision s'avère utile, c'est afin de souligner que le totalitarisme est un régime dans lequel la rhétorique a un caractère divin. Les thuriféraires de l'Etat totalitaire attribuent au langage une valeur intrinsèque, et ce qui n'était qu'un outil devient un fétiche religieux. La vocation religieuse des mots supplante leur vocation scientifique. Si l'on peut dire un adepte de la doctrine de Nietzsche "anarchiste", en dépit du caractère clairement conservateur et aristocratique de celle-ci, c'est bien que les mots n'ont plus qu'une valeur de slogan. Nul moyen n'est plus porteur de l'affirmation que "la vérité n'existe pas" que le culte de la rhétorique ou du langage. Cette suggestion, à la longue, ne peut avoir d'autre effet que d'anéantir le langage, comme une règle est anéantie lorsqu'on fait prévaloir l'exception sur la loi.

- La "théorie du genre" est une excellente illustration du surcroît de vérité que le citoyen d'un Etat totalitaire prête à la rhétorique moderne totalitaire par rapport à la nature. C'est aussi un excellent exemple du caractère labyrinthique de la culture moderne, puisque ce problème, conçu pour diviser les Français au nom d'une minorité, du point de vue politique, les divise suivant des étiquettes et des mots d'ordre ubuesques. (...)

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11:28 Publié dans Fauchon la Culture ! | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : webzine, anarchiste, au trou, onfray, le monde, théorie du genre, nietzsche | | |

 
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