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11/02/2011

Une Révolution, sinon rien

(Editorial de Bardamor paru dans le fanzine "Au Trou !?" n°14)

Essoufflés de n'avoir rien à dire, les médias français se sont jetés comme des morts de faim sur les manifs au Maghreb, puis en Egypte. Il faut dire que le dernier mort dans une manif en France, ça fait un bail ! Pas un seul en Mai 68. A part ça, une ou deux bavures par-ci par-là. Si je ne m'abuse, la dernière frappe chirurgicale (sans anesthésie) pour laquelle les forces de l'ordre hexagonales ont reçu carte blanche, c'est la grotte d'Ouvéa en Nouvelle-Calédonie ; mais le sang a très vite été essuyé : les médias ont eu à peine le temps de le sucer. (...)


Pourquoi une telle soif de sang de la part des médias, dira-t-on, seraient-ce des vampires ? Eh bien, celui qui peut payer le prix du sang, c'est celui qui a le pouvoir, et si les médias n'ont pas le pouvoir aujourd'hui, qui est-ce qui l'a ? Michèle Alliot-Marie ?

A propos, vous avez vu comment cette dinde s'est fait flinguer en plein vol ? Le Capital a quand même bien le droit de virer ses VRP quand il veut, et par qui il veut, y compris le Canard Enchaîné. Le lynchage médiatique est un procédé bien plus efficace que la méthode utilisée naguère contre Jérôme Kerviel, pas très discrète.

On constate que Mme Alliot-Marie est aussi déphasée que les régimes de Ben Ali ou Moubarak puisqu’elle croit que les dictatures modernes ont besoin de CRS pour se maintenir en place ; ça c'est bien d'une "gaulliste", de s'imaginer que les CRS permettent de se maintenir au pouvoir. Si Ben Ali ne peut revenir en personne du « Baden-Baden » où il s'est fait la malle, un de ses cousins fera l'affaire. Faut pas croire qu'il manque en Tunisie des Pompidou ou des Giscard-d'Estaing.

Les dictatures modernes ont besoin de médias comme ceux dont on dispose en France pour maintenir la cohésion sociale, bien plus que de CRS. Elles ont besoin de professeurs et de journalistes, de publicitaires, pour opérer la transition de la tyrannie vers le totalitarisme, cas de figure où l'aliénation des citoyens suppose leur adhésion.

Au stade totalitaire, la pyramide, modèle-type de la perspective politique, est en quelque sorte inversée. La base vient prendre la place du sommet. Il faut jouer aujourd'hui une musique beaucoup plus subtile que la musique militaire pour garantir la propriété.  Plus le sentiment de potentiel personnel croît dans une population, c'est-à-dire l'illusion de pouvoir atteindre le bonheur comme jamais auparavant dans l'histoire, plus le culte de la personnalité du chef de l'Etat décline, pour atteindre le niveau d'un simple « médiator », non loin du type du « gendre idéal ». La population maghrébine ou égyptienne est en partie possédée par des désirs occidentaux, sans que ces régimes aient atteint le niveau de puissance suffisant.

La Chine, qui est quand même une dictature un peu plus sérieuse que celle de Ben Ali, Mohammed VI ou Bouteflika, s'occupe en ce moment même de mettre en place un système de « mass-médias » à l'occidentale ; probable qu'on a même dépêché là-bas quelques énarques français, indispensables chevilles ouvrières de l'oppression moderne, afin de prêter main-forte aux Chinois.

« Grosso modo » le rôle des médias, outre qu’ils maquillent grossièrement la collaboration du CAC40 avec les tyrannies dont ils fêtent cyniquement la déroute, est de dissimuler au plus grand nombre que l’Europe est un navire qui navigue à vue. Pour ce qui est de sa science, prospective en particulier, c’est « points de vue et images du monde ». Le rôle des économistes libéraux n’est pas tant de comprendre que de dire qu’ils ont compris. Qu’on se le dise une bonne fois pour toute : la politique et l’économie exigent une vision réduite.

Cependant il n’est pas exclu que le discours libéral totalitaire ait atteint la limite de l'effet religieux ou psychologique à quoi il vise. Les élites libérales peinent de plus en plus à convaincre, au-delà des écoles supérieurs de commerce (et encore…) que leur prétendu élitisme n’est pas une imposture. A vrai dire le dernier rempart de cette élite est représenté par les médias.

Je vous invite à comparer l’extraordinaire bouffonnerie des propos tenus sur les manifestations récentes en Afrique dans les médias français, avec l’étude par Karl Marx des deux grandes révolutions anglaise (1688) et française qui ont changé la donne économique en Europe (pp. 2 et 6). Si les médias français ne viennent pas de se livrer, sur le dos des populations maghrébines et égyptiennes, à une opération scandaleuse de propagande, que viennent-ils de faire ?

La seule information là-dedans, c’est que « l’identité française » version 2011 n’est pas très éloignée de l’abjection.

16:49 Publié dans L'Odeur du Danemark | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : fanzine, au trou, satirique, dessin, caricature, anarchiste, journal, hebdomadaire, tunisie, egypte | | |

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