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11/04/2011

Le Christ et la Guerre

par Télémax

On est habitué en cas de conflit armé d'ampleur dans le monde à de vagues protestations officielles de la part du Vatican contre ce genre de méthode sanglante, bien que parfaitement « civique ». En effet, il n'y a pas à chercher bien loin dans le monde capitaliste pour trouver des théoriciens justifiant la guerre comme un fait de civilisation, donc « civilisateur » puisque c'est le parti pris mystique de la civilisation d'incorporer le mal pour un plus grand bien, la douleur pour le plaisir. (...)

 


 

L'inconscient de l'homme civilisé consiste d'abord à occulter le maléfice fondateur de la civilisation, tel que le mythe de la Genèse ou la fable d'Oedipe le met au contraire en lumière.

Ainsi l'opposition de Jean-Paul II à la guerre menée par les Etats-Unis contre l'Irak. Opposition parfaitement vaine, bien sûr, comme à peu près tout ce que fait le Vatican depuis un siècle ou deux (Il se trouva même certains chrétiens autoproclamés en 1914 pour s'offusquer que le pape ne se prononce par en faveur des intérêts français contre ceux de l'empire austro-hongrois.)

Silence radio en revanche du dernier évêque de Rome Benoît XVI à propos des raids dirigés contre des militaires et des civils au Moyen-Orient par les forces de l'axe franco-américain. Si le pape s'abstient dorénavant définitivement de prendre la parole pour s'adonner entièrement au piano, qui lui en voudra en dehors des médias à qui il fournit nombre d'occasions de pérorer ?

Plus puissant que le Vatican, le gouvernement français, dont certains membres n'hésitent pas à se revendiquer chrétiens pour tenter de séduire ainsi une partie des électeurs ; N. Sarkozy en tête, mais aussi F. Fillon ou J.-P. Raffarin. Un commandement militaire chrétien ? On a l'habitude d'ironiser sur les croisades en France depuis des lustres, mais l'illustration de l'éducation civique avec les crimes de jadis semble n'avoir d'autre fonc-tion que celle de minimiser les crimes actuels.

« Peut-on concilier guerre et christianisme ? » : la revue La Tour de Garde, organe des Témoins de Jéhovah, diffusé à plusieurs dizaines de millions d'exemplaires dans le monde, a au moins osé poser une question peu compatible avec la démagogie démocrate-chrétienne en vigueur ; une question que les clergés des Eglises chrétiennes plus importantes en France évitent soigneusement, en raison de leur dépendance étroite vis-à-vis des pouvoirs publics. Certains militants laïcs estiment l'aide importante accordée par l'Etat aux Eglises officielles scandaleuse ; c'est oublier le rôle d'entretien des édifices religieux joué par les dernier curés, et la contribution de ces édifices à l'économie touristique, dans lequel l'Etat laïc trouve largement son compte.

On peut trouver l'interrogation du signataire de l'article, un certain Olivier O' Donovan, excessivement timorée. Le métier des armes est formellement proscrit dans plusieurs passages du Nouveau Testament ; le passage où Jésus-Christ défend à son apôtre Simon-Pierre de faire usage de son arme contre les soldats romains venus l'arrêter est assez fameux. Contre qui l'apôtre pourra-t-il lever son arme, s'il ne le peut pour défendre son messie ?

O' Donovan laissera d'ailleurs la question qu'il a posée au début en suspens. Sans doute est-ce suffisamment heurter ainsi le syncrétisme religieux à base d'amulettes chrétiennes en vigueur aux Etats-Unis, où les Témoins de Jéhovah sont principalement implantés (secte religieuse rendue célèbre, notamment, par feu Mickaël Jackson).

Cependant l'article passe en revue différents points de vue de docteurs chrétiens qui, au cours de l'histoire, ont adapté le christianisme aux institutions politiques. Il présente donc un intérêt historique.

Saint Augustin est d'abord cité (en 417 « de notre ère », précise sans doute l'auteur pour ses lecteurs yankees) :

« Gardez-vous de croire qu'on ne puisse plaire à Dieu dans la profession des armes (...). Il en est (...) qui, en priant pour vous, combattent contre d'invisibles ennemis ; vous, en combattant pour eux, vous travaillez contre les barbares trop visibles. »

O'Donovan qualifie malicieusement Augustin de théologien « catholique ». En réalité le renom d'Augustin est plutôt dans les pays de confession protestante. Dans la France catholique, ce sont les jansénistes qui ont remis à la mode saint Augustin au XVIIe siècle, pour des raisons morales et politiques (que l'extrait cité par O' Donovan permet aisément de deviner).

Thomas d'Aquin (XIIIe siècle) est ensuite cité : « Les guerres sont licites et justes (...) dans la mesure où elles protègent les pauvres et tout l'Etat contre les violences des ennemis ».

Voilà donc ce qui fonde F. Fillon ou BHL : la morale catholique du XIIIe siècle. Bien sûr Thomas d'Aquin a passé beaucoup de temps à justifier pour le compte de César le concept d'« Etat chrétien ». Le propos de Thomas d'Aquin constituerait un progrès considérable par rapport à celui d'Augustin, si chaque Etat n'était centré depuis l'origine du monde sur la défense de ses intérêts. Un peu d'histoire suffit pour reconnaître que l'hypocrisie prévaut généralement dans le déclenchement des conflits militaires, surtout au cours de l'histoire récente, bien au-delà du cas de notre gouvernement actuel.

O' Donovan s'en abstient, mais il aurait pu citer des formules chrétiennes plus pacifistes encore, datant de la Renaissance ; celles d'Erasme, par exemple, afin d'illustrer le progrès vers l'orthodoxie chrétienne jusqu'au XVIe siècle. Orthodoxie qu'on peut traduire comme la correspondance de la théologie avec l'Ecriture sainte qui surpasse toujours la tradition ; orthodoxie dont on peut constater qu'elle coïncide avec le dépouillement des valeurs morales et des habits religieux.

O' Donovan cite donc à bon escient : « Remets ton épée à sa place, car tous ceux qui prennent l'épée périront par l'épée. » (Matth. 26:47-52), prononcé par le Messie contre l'apôtre Pierre. Il aurait pu ajouter, qui dissuade plus largement encore le chrétien de se compromettre dans la carrière des armes : « Que celui qui a des oreilles entende ! Si quelqu'un mène en captivité, il sera mené en captivité ; si quelqu'un tue par l'épée, il faut qu'il soit tué par l'épée. C'est ici la patience et la foi des saints. » (Ap. Jean 13: 9-10)

Bien sûr, on est en droit de trouver ça naïf et utopique. C'est plus logique que d'attribuer comme Nietzsche la cause de la chute des empires militaires à cette utopie peu « mobilisatrice » des énergies offensives ou défensives.

Pour le chrétien ou l'anarchiste tels que Nietzche les fustige ensemble, c'est au contraire la vertu qui est utopique, pas moins destructrice que créatrice. Et il n'y a pas d'autre conception plus concrète de la morale pure et débarrassée de sa vocation pratique, vers quoi tend le désir, que la mort, où tout n'est que « luxe, calme et volupté ». De sorte que même les hypocrites sont mieux doués pour l'art de vivre que le pauvre Nietzsche.

 

08:22 Publié dans Fauchon la Culture ! | Lien permanent | Commentaires (0) | | |

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