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24/07/2011

Terrorisme et Médias

A propos du terroriste norvégien André Behring Breivik, qui a semble-t-il voulu exprimer son patriotisme en éliminant quelques dizaines de ses compatriotes de la surface de la terre norvégienne, les médias se livrent à d'intenses spéculations, comme à leur habitude. André Behring Breivik était "franc-maçon" selon les uns, "chrétien" au contraire pour d'autres, "extrémiste" enfin pour certains (comme Ben Laden ; traduisez que tous les dangers viennent d'un extrême quelconque du point de vue des médias qui, eux, incarnent le parti de la modération, vieux truc clérical éculé.)

Comme on sait, la folie a une origine sociale et elle peut devenir meurtrière sous le prétexte social le plus futile : aussi bien on apprendra dans quelques semaines que André s'était fait larguer par sa copine ou que la question de son orientation sexuelle véritable le tourmentait. Il n'y a donc aucun argument pour exclure les médias eux-mêmes des causes de la folie meurtrière moderne, sachant le rôle moral décisif de la télévision, du cinéma et de la publicité sur des esprits faibles, incités à construire "un univers personnel", c'est-à-dire un rêve, une sorte de prison dorée, dans lequel l'aliéné, bien qu'il y a été relégué, est le seul maître.

On reconnaît d'ailleurs chez le meurtrier psychopathe le caractère extrêmement social et religieux de cette personne dans le fait qu'elle a un désir de gloire et de reconnaissance du public, à l'opposé de l'individualiste qui trouvera dans l'honneur ou l'argent un parfum d'encens et de dépendance vis-à-vis d'autrui, détestable et illusoire. Pour résumer, le fou meurtrier est le produit d'un collectivisme abrutissant extrêmement puissant, auquel les médias contribuent largement, sous couvert de favoriser la quête identitaire.

Il faut dire en outre qu'une société requiert systématiquement pour les besoins de son agrégation, l'usage de la folie et du mensonge. On a vu ainsi au XIXe siècle le moraliste national-socialiste F. Nietzsche fulminer contre les chrétiens ou les communistes, les anarchistes, au prétexte que leur volonté de s'attacher à la vérité représente une menace pour l'ordre social établi, qui s'accommode bien mieux de l'hypocrisie ou de vérités religieuses, c'est-à-dire mystiques, ésotériques, de philosophies qui préfèrent largement les questions aux réponses. Or c'est exactement ce type de vérité religieuse, adaptée aux circonstances, que les médias véhiculent sous le nom d'"information". Le grand public est donc invité à admettre une idée de la vérité comme "l'information", par conséquent proche de celle en vigueur dans une salle de marché ou dans la cervelle d'un pigeon*.

Bien sûr c'est notamment aux militaires que la société fait subir un tel conditionnement. L'éloge de l'instinct ou de la race nietzschéen est essentiel au bon fonctionnement d'une caserne, et tout bon officier supérieur sait en jouer, ainsi que d'un instrument de musique. Au stade de la folie meurtrière et du sadisme, les bornes sont dépassées, mais l'élan est commun. Qui croiera deux minutes qu'il ne faut pas pour assassiner dans le cadre légal des dispositions à peu près semblables à celles requises dans le cadre illégal ? On voit d'ailleurs souvent des commissaires de police exprimer leur respect pour le courage de certains truands, comme si le métier ou l'expérience leur permettait de prendre de la hauteur sur cette frontière invisible de la légalité.

Cette folie, les pouvoirs politiques pensent toujours pouvoir l'encadrer, et qu'elle restera "ordinaire" ou mesurée, limitée au suicide des enfants par exemple, qui ne trouble pas outre mesure l'ordre social, relativement monstrueux dès lors qu'on accepte de le regarder en face, plutôt que d'accuser tel ou tel fou isolé de tous les vices.

Bardamor

*Cette conception totalitaire de la vérité sous la forme d'une somme d'informations n'est d'ailleurs plus seulement en vigueur dans les médias, mais aussi dans les centres administratifs en charge des arts plastiques en France, derrière l'incitation à développer les arts numériques. C'est d'autant plus frappant que l'intelligence artistique a toujours résisté au tour religieux qui consiste, comme E. Kant, à prêter à la personne humaine l'incapacité à raisonner en dehors du temps et de l'espace, notions abstraites surtout nécessaires à un robot, un chien de chasse ou un tireur d'élite. C'est donc une conception militante de l'art qui est défendue désormais par ses cadres supérieurs.


16:32 Publié dans L'Odeur du Danemark | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : andre behring breivik norvege media | | |

22/07/2011

Le Paradoxe amoureux

Je tombe un peu par hasard sur un essai de Pascal Bruckner, "Le Paradoxe amoureux". Il semble que toute la philosophie libérale - mieux vaut dire "psychologie", pour indiquer la faible portée intellectuelle du libéralisme -, est dorénavant focalisée sur les relations amoureuses, de Luc Ferry à Michel Onfray, en passant par Eric Zemmour, Vincent Cespédès, sans oublier Houellebecq, dont le principal motif littéraire me paraît l'amour contrarié pour sa mère, qui l'empêche d'assigner à sa libido un but idéal. Les contrariétés de Houellebecq sont celles de l'amour "gay", en quelque sorte.

Il est devenu si évident que l'idéologie libérale "part du ventre" (et y retourne), qu'on peut voir dans le magazine "50 millions de consommateurs" la version pragmatique de toutes ces hypothèses sentimentales, badigeonnées tantôt d'athéisme hédoniste, de sado-masochisme, de féminisme, de bouddhisme, d'épicurisme, quand ce n'est pas carrément de christianisme ou de marxisme. Ce tableau de Courbet, "La Quadrature du Con", fournit au thème libéral une illustration qui a le mérite d'être concise.

J'ouvre la thèse, donc, et je me demande d'emblée comment son auteur va s'y prendre pour faire passer la passion amoureuse pour un mobile occidental, quand elle traduit, de l'aveu même des prêcheurs romantiques les plus fameux, un goût oriental ? (Dernièrement je voyais encore à la télévision le bonze Matthieu Ricard, patenôtre ridicule, tenter de faire passer les sentiments humains pour de l'altruisme véritable.) Précisons au passage que, l'âge aidant, P. Bruckner comme son compère Luc Ferry prône une libido plus raisonnable, une passion moins excessive. On imagine bien qu'ils ne consomment plus que de jeunes pousses de soja soigneusement sélectionnées.

Eh bien, Bruckner s'y prend de la façon la plus grossière, habituelle aux libéraux, sur le mode de "plus c'est gros, plus ça passe". C'est la faute au communisme et au christianisme, selon Bruckner, si l'Occident est sous l'emprise de l'hystérie sexuelle et amoureuse. Et toc ! Rien à voir, comme on pourrait plutôt croire, avec la puissante incitation de la publicité à la consommation, ciment le plus solide des régimes libéraux depuis cinquante ans. Moi qui croyais qu'on pouvait définir le mouvement libertin de Mai 68 comme un simple renouvellement du discours publicitaire, vainqueur d'un gaullisme pépère et mal adapté aux nouvelles méthodes de "management" ?

Sérieusement il vaut mieux voir que, pour dérégler la consommation, c'est-à-dire en faire un but et non plus seulement un mode d'alimentation banal, et sacrifier ainsi la jouissance à la morale d'une manière qui revient au puritanisme, la publicité accomplit le voeu de Nietzsche de "purification de la morale". Formule un peu énigmatique qu'il convient d'expliquer : la publicité travestit, notamment à l'aide du rêve et du sentimentalisme, des comportements sociaux, la consommation alimentaire ou sexuelle, les plus banals, voire cyniques, puisque résultant largement de la compétitivité ou des atouts de chacun.

Nietzsche a la franchise d'admettre que cette religion (la publicité est devenue de fait la principale justification morale et politique, à tel point qu'il n'y a plus aucun politicien qui ne se soumette à ses codes) est la plus éloignée du christianisme et du communisme, doctrines hostiles à toutes les formules morales, parce qu'elles sont les principales sources d'aveuglement, bien qu'elles ont pour effet de rassurer ou consoler leurs adeptes.

C'est le libéralisme le collectivisme ou le totalitarisme le plus dangereux, qui parvient à faire croire à chacun à l'aide de moyens de propagande démesurés qu'il est libre de son destin, perfectionnant ainsi les formules antérieures de la tyrannie, qui passaient par la contrainte physique. On peut noter que la mécanique sentimentale et onirique employée par les publicitaires, l'humour étant la dernière étincelle d'intelligence concédée à des veaux qu'on mène ainsi à l'abattoir, cette mécanique est celle-là même qui anime la rhétorique patriotique ou nationaliste des dictatures les plus sanguinaires. En berne le drapeau européen pour la simple raison que la consommation et la publicité le sont aussi, principaux supports réels du nationalisme des élites européennes.

Une citation ou deux émerge de l'essai de P. Bruckner, mais elles ne sont pas de lui. Une Anglo-saxonne discerne dans la pornographie ou l'art érotique un goût du néant identique à celui présent dans le nazisme. Il est vrai que pour le pornocrate, tant qu'il y a du sexe, il y a de l'espoir, et dès lors qu'on le prive de son objet de prédilection, il devient furieux et se fait plus carnassier.

 

16:10 Publié dans L'Odeur du Danemark | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : paradoxe amoureux, pascal bruckner | | |

 
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