Avertir le modérateur

27/08/2011

L'Idéologie Européenne

  • La course à l'armement a porté un coup fatal à l'idéologie soviétique, contrainte de muer en patriotisme russe sous la pression internationale - la vodka seule, poésie ultime, a le don de transcender tous les régimes.
  • L'incompétence de quelques banquiers a suffi pour ébranler l'idéologie européenne en forme de pyramide ou d'organigramme pompeux. C'était déjà pas facile d'inculquer à des consommateurs capitalistes une autre idéologie que celle, toute personnelle, de la branlette ; on se demande bien comment les idéologues vont réveiller le machin européen, qui n'a jamais été bien dur ? (...)



  • Dans les urnes, l'Europe a même subi un revers contre l'Association des Consommateurs souverainistes français, qui va du boudin aux pommes d'extrême-droite à la purée de topinambours bio d'extrême-gauche. C'est dire si la France a peu de respect vis-à-vis de ses fonctionnaires et de ses banquiers, qu'elle ne juge même pas capable d'assurer la bonne bouffe et/ou la bonne baise.
  • Il faut dire qu'au départ, il n'y a rien de tel qu'une bonne guerre bien sanglante pour tremper le fer d'une idéologie. On la retrempera -idéalement- le plus souvent possible. Rien de tel dans le cas de l'Europe ; les rêves de grandeur pour l'Europe de Napoléon ou Hitler n'ont pas été menés à terme, qui auraient pu fonder, ne serait-ce que les Etats-Unis d'Europe.
  • L'idéologie européenne s'avance donc derrière le drapeau de la paix, derrière lequel il n'est pas besoin d'être grand clerc pour deviner le motif de la compétition économique, surtout depuis que les banques européennes ont perdu leur string devant tout le monde, à force de trop tirer sur l'élastique. Même la pute à poil dans la cabine du routier est plus désirable, désormais, que la sainte Europe des vieux banquiers autour desquels volent déjà les mouches.
  • Histoire de se marrer un peu, voyons comment nos idéologues en chef s'adaptent à la nouvelle donne ? Quelles stratégies vont-ils essayer de mettre en place pour faire aimer l'argent à ceux qui n'en ont pas. Je frappe à la porte de l'"Eurogroup Institute" (virtuellement). Directeur : Hervé Juvin. "Eurogroup Institute", ça sonne un peu comme une boîte de vigiles de la pensée.

 

  • Penchons-nous sur l'idéologie européisste avec plus de rigueur que Soljénistyne sur l'idéologie soviétique, incapable d'y voir la rénovation du tsarisme, ou que la religion orthodoxe contient environ le même degré de spiritualité que la vodka. Penchons-nous sur l'idéologie européiste avec plus de rigueur que Tocqueville sur l'idéologie des Etats-Unis. Démontons le meccano d'H. Juvin, pièce par pièce :
  •  "Qui engage l'avenir engage ce qui ne lui appartient pas. Nous en sommes là : l'économie d'endettement a réussi l'exploit de liquider l'avenir."

Charabia débile : l'avenir n'est que le cadre de la spéculation. Si l'investissement ne rapporte plus, le cadre s'efface nécessairement. "Adieu, veaux, vaches, cochons, couvées...", pour parler franc.

L'avenir s'élargit au début du XVIIIe siècle avec l'intensification du colonialisme et la promesse de bénéfices mirifiques futurs ; premières banqueroutes retentissantes, premiers faux-pas de l'avenir. Surtout, le plus important à remarquer ici, c'est la sophistication des moyens juridiques destinés à maquiller le vol et la conquête, voire l'esclavage. L'avenir est la chasse gardée des investisseurs. De sorte que le libéralisme a fourni des moyens juridiques au totalitarisme, dont les anciens régimes tyranniques ne disposaient pas, les inégalités étant comme qui dirait "flagrantes", tandis que l'ouvrier par la suite n'est pas mieux loti, mais il peut toujours rêver... à l'avenir.

Ainsi la mondialisation n'est pas seulement l'exploitation classique des ressources humaines, agricoles, minières. Elle a aussi un aspect de "chiffre", c'est-à-dire de code secret incalculable, dérivé de la spéculation sur l'avenir, qui protège non moins que les coffres-forts des banques les valeurs de ses ayants-droits.

La sophistication de plus en plus grande du droit mobilier, ses arcanes parfois si subtiles qu'elles sont fragiles, ça ne tient pas à une malfaçon : l'opacité répond a un besoin naturel de la comptabilité , dont les praticiens savent très bien exploiter l'obscurité dans la concurrence qui les oppose. La Grande-Bretagne est passée maîtresse dans cet art de l'enrichissement sans cause. Les spéculateurs travaillent ? Non, ils jouent.

C'est donc qu'il ait pu tirer aussi longtemps sur l'élastique qui est merveilleux dans le trafic capitaliste , et non l'inverse. Un parasite bien logé, donc, mais dont la morsure est de plus en plus sensible pour les nations où sont situés les ressources humaines (esclaves) et les ressources naturelles.

  •  "Si l'aspiration vers l'avenir, qui est au fondement même des démocraties libérales, est aliénée par le remboursement de la dette, le mécanisme démocratique se grippe du même coup."

Passons vite sur le gadget démocratique, fait pour entraîner l'adhésion à une exploitation libérale dont certains âmes trop sensibles ne sauraient reconnaître le cynisme absolu. Le respect des peuples vis-à-vis de leurs gouvernements tient à ce qu'ils attendent le versement de leurs gages. L'oligarchie française a de moins en moins les moyens d'acheter la classe moyenne, voilà la traduction du propos de M. Juvin. Il faut penser à la Chine pour mesurer l'ampleur de l'abjection de ce type de propos, où la promesse d'enrichissement futur, c'est-à-dire l'avenir, est directement mis au service de l'esclavage. Si la chaîne de montage chinoise se brise, il faudra plus d'un Juvin pour remettre de l'huile dans la mécanique macabre des experts-comptables libéraux chinois.

  •  "Nous avons assisté en 2008 à l'effondrement d'un système de vérité ordonné à l'utilité économique, celui que la Réforme a institué sur les bases rationalistes et scientifiques de Francis Bacon, de Descartes et Newton (...) Cette phase (...) est achevée."

Il y a là un aspect typique de l'idéologie libérale, où sa chiennerie se distingue encore une fois : il s'agit, mes biens chers frères, mes biens chers soeurs, de blanchir le sépucre libéral en invoquant tel ou tel qui n'y est pour rien. S'agissant de la Réforme, Luther a explicitement condamné le gangstérisme des marchands et des spéculateurs. Donc Luther a peu à voir avec le boniment du directeur de "l'Eurogroup".

On ne trouve aucune incitation au libéralisme non plus chez F. Bacon, mais au contraire la recommandation de toujours placer les mathématiciens, juristes et mécaniciens sous bonne surveillance, non loin du "science sans conscience n'est que ruine de l'âme", de Rabelais, donc. Autrement dit , exactement le contraire de ce que les nations libérales ont fait. Engager même Newton et Descartes dans l'aventure capitaliste et libérale relève de la propagande et non de l'histoire, de l'abrutissement idéologique.

  • "En termes géopolitiques, cette prise en considération des limites du globe va se traduire par une constatation simple : dans le monde qui vient, ce qui ne sera pas pris par les uns le sera par les autres."

La prise en considération des limites du globe date en Europe de la fin du XVIe siècle. Elle a donné lieu à la mise en place de systèmes d'exploitation coloniaux au cours du XVIe, XVIIe, XVIIIe, XIXe, XXe siècles. H. Juvin annonce ici à mots couverts le retour de "la loi de la jungle", alors que le libéralisme n'a jamais connu d'autre loi véritable, bien que la doctrine libérale s'efforce de lui faire porter des masques plus séduisants.

La nouvelle donne est la montée en puissance des pays en voie de développement, moins susceptibles à l'avenir de se laisser tondre aussi facilement que par le passé.

  • "La privatisation du monde franchit des seuils inconnus. Elle entre en conflit direct avec la souveraineté des Etats et le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes."

Quand vous entendez un idéologue libéral causer du "droit des peuples à disposer d'eux-mêmes", sentez-vous autorisés à éclater de rire. Dites-vous bien une fois pour toute que le sens de la liberté du parti libéral se limite strictement à la défense de ses propres possessions, par tous les moyens de destruction possible.

Au sein de l'espèce libérale, la rivalité pour conduire la meute est telle qu'on voit ce Juvin retourner l'argument qui a servi aux Etats-Unis pour déstabiliser l'Angleterre et la France coloniales, contre le nouvel empire nord-américain en train de prendre position au Moyen Orient et en Afrique. Sous couvert d'éclairer la lanterne de son lecteur, ce type ne cesse de plaider pour son parti.

  • "(...) en Europe, nous vivons dans un déni du collectif et du symbolique qui confine à la négation de la réalité de la condition humaine et des conditions de l'expérience humaine, caractérisées par la durée, l'origine, la culture et l'appartenance. Engagée après la Seconde Guerre mondiale, cette sortie de l'histoire et du réel appelle un effort symétrique, aussi intense et puissant, pour redécouvrir les déterminations collectives."

Voyant qu'il a dépassé la limite du baratin économico-politique qu'un étudiant moyen de Sup de co. peut supporter, l'idéologue libéral va ensuite brandir des arguments destinés à faire croire qu'il a lu tout Lévi-Strauss et Freud, et qu'ils approuvent "post-mortem" sa façon de penser. Quand bien même ce serait le cas, cette logorrhée mal maîtrisée n'en serait pas moins insignifiante, contribuant par son manque de clarté à l'esprit totalitaire qu'elle prétend dénoncer.

La définition de la condition humaine sous l'angle de la durée, de la culture et de l'appartenance : 1/ est totalitaire ; 2/ n'est pas réaliste ; 3/ résulte des efforts conjoints du capitalisme et de l'Etat, qui empêchent l'individu de penser librement contre la durée, contre la culture et contre l'appartenance, hypothèques pesant sur l'homme réduit à son potentiel ou sa force de travail.

La culture libérale est un opium qui plonge dans un état second, proche de la mort. Cet opium, les élites libérales l'ont mis entre les mains de leurs propres gosses.

  • "C'est d'abord la crise du modèle anthropologique qui a placé les sociétés occidentales en état d'appesanteur en les focalisant sur la fabrication d'un homme nouveau : l'homme bulle, l'homme totalement indéterminé, sans origine, sans liens ethniques et familiaux, l'homme qui n'est que le produit de sa volonté, de ses désirs et de ses intérêts. C'est un projet qui a voulu en finir avec tout ce qui fait société, l'individu ne devant plus être qu'une créature de marché, mobilisable à l'infini par la compétition économique. C'est le sens de l'utopie mondialiste et de l'individualisme méthodologique."
Comme on entend parfois un discours similaire dans la bouche de certains anarchistes, appliquons-nous à montrer qu'il est entièrement cousu de fil blanc. Il consiste dans le procédé que Marx dénonce, d'inversion de la cause avec sa conséquence, typique de la rhétorique libérale, qui feint de croire déterminantes au premier chef les "valeurs" ou "la philosophie", la "culture", qui ne font qu'épouser dans ces régimes les contours des conquêtes de la propriété libérale, quand elles ne fournissent pas de justification au viol ou l'achat des consciences.  
Si crise de la pensée il y a, elle est la conséquence et non la cause de la compétition capitaliste effrénée. Le "modèle anthropologique" n'est pas cause du capitalisme. Le modèle anthropologique, c'est-à-dire "l'existentialisme", comparé par Marx à l'onanisme il y a près de deux siècles, n'a fait qu'entériner des pratiques politiques et économiques indécentes à l'oeil nu, remplissant exactement le même rôle de propagande que la télévision aujourd'hui. Du reste l'existentialisme n'est qu'un produit dérivé de la morale familiale ou "ethnique", adapté peu à peu aux dimensions de l'Etat et des nouvelles castes bourgeoises et républicaines ayant vocation à le diriger.
Il saute aux yeux que l'utopie du gouvernement mondial a le caractère d'utopie collectiviste, destinée à la gouvernance et l'exploitation de milliards d'hommes. L'individualisme n'a aucune place là-dedans, mais plutôt l'identité, c'est-à-dire le tatouage du soldat de son matricule sur la clavicule gauche. L'aliénation qui résulte de l'oppression capitaliste, dont l'usage par des gouvernements irresponsables peut-être extrêmement dangereux, l'aliénation est l'aboutissement de la conception libérale de l'individu, comme une livre de chair.
Ce que cherche Juvin, c'est un nouveau cache-sexe.
  • "Aujourd'hui, le socialisme réussit le paradoxe d'être l'agent de la destruction des formes sociales qui permettent aux individus d'échapper à l'isolement, de même qu'il a contribué à la destruction de l'unité interne des peuples européens, les livrant à la mondialisation anglo-américaine."
Le rôle joué par le socialisme en France fut de reconstituer des institutions morales intermédiaires pour remplacer celles ravagées par un siècle d'industrialisation capitaliste et de guerres mondiales sanglantes. Le socialisme s'est montré aussi servile dans ce rôle vis-à-vis des puissances d'argent que le clergé chrétien auparavant. Pas plus que lui il n'a dissuadé des millions de paysans et d'ouvriers de se sacrifier au profit de l'oligarchie. Le communautarisme made in USA ne peut pas lui être comparé, tant que les Etats-Unis n'ont pas été confrontés au déclin de leur puissance économique. Ce déclin entraînerait sans doute automatiquement les publicitaires qui font les lois morales dans la France capitaliste, à imiter d'autres codes culturels.
Bon, maintenant je crois que je vais aller dégueuler un bon coup.
Bardamor
(H. Juvin a pondu chez Gallimard un essai Le Renversement du monde. Politique de la crise.)

 

Commentaires

il y a une vodka appelée "samagon", sorte de gnôle distillée chez soi à la cave, tout comme le christianisme des russes qui n'a d'orthodoxe que le désir de l'être, un peu comme le catholicisme de Louis XIV qui n'a que le désir d'être universel, le libéralisme est un vœux pieux qui se confine dans une spiritualité évasive, comme l'épicurisme, jouir au quotidien pour mieux se précipiter dans le trou.

Écrit par : Fodio | 28/08/2011

les mecs vous ètes des génies, je vous aime (chrétiennement s'entend)

vivement le retour d'au trou dans ma boîte à lettre =)

Écrit par : soda popinski | 01/09/2011

- J'en profite pour filer la nouvelle adresse de la rédac. leloublan@gmx.fr
- Prochain n° pas avant mi-sept., passage à la périodicité mensuelle, plus de caricatures, de la bédé, de nlles rubriques, bientôt plus d'info. sur le blog où on continue de balancer quelques pavés au fur et à mesure.

Écrit par : Bardamor | 06/09/2011

Les commentaires sont fermés.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu