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24/09/2011

L'Economie facile

Deux attitudes stupides face à l'économie :economie,mathematiques,au trou,leon bloy,karl marx,anarchie,esoterisme,fanzine

1. Se dire que c'est une matière compliquée et qu'on n'y comprendra, hélas, jamais rien (pas plus qu'aux équations d'Einstein & Co).

2. Se réjouir au contraire que la science économique soit aussi opaque et puisse dissimuler autant de malversations aux yeux des profanes. Ainsi on ne dira pas, par exemple, des économies occidentales, puissantes et complexes, qu'elles sont aussi corrompues que les régimes africains. Et pourtant, en "valeur absolue", la corruption des Etats puissants excède largement celle des petites nations. (...)


Il faut signaler ici que le terme de "valeur absolue", caractéristique du vocabulaire juridique ou économique, recouvre aussi bien la corruption qu'une activité moins crapuleuse ; lorsqu'on parle de "hedge funds" (fonds pourris), il ne faut pas perdre de vue qu'il n'y aucune valeur "pure" et que le pourrissement des "hedge funds" est une dérive normale de l'économie moderne, non une erreur.

Le casino et les jeux d'argents fournissent de bons modèles pour comprendre l'économie moderne, en particulier sa phase de jeu d'écritures et d'enrichissement sans cause. Un joueur peut continuer de jouer "pour se refaire", y compris lorsqu'il est "à sec". Si les Etats ne peuvent se faire "interdire de casino" pour les mêmes raisons, c'est parce qu'ils sont propriétaires de la salle de jeu.

D'autre part le terme de "valeur" met à jour le fait souligné par Marx que l'économie est la cause la plus puissante de formation et d'évolution de la morale moderne. Aussi a-t-on vu, selon ce pronostic, la morale laïque républicaine ployer sous le poids des valeurs marchandes et les relations humaines devenir inexorablement l'objet de transactions.

+ Ces deux attitudes stupides, s'avèrent très dangereuses. Elles sont solidaires l'une de l'autre, comme un créancier et un débiteur. Les tenants de la première option (ignorants volontaires) comptent sur les "experts" pour qu'il y ait le moins de casse ; les tenants de la seconde option (les experts) prospèrent sur l'aveuglement volontaire des premiers, comme les religions.

L'économie n'est donc pas complexe, elle est ésotérique, faisant passer pour rationnelle l'espérance de profits futurs, de l'ordre de la foi. Le but de ce langage en principe hermétique au profane est aussi, naturellement, d'occulter l'oppression qui découle nécessairement des rapports économiques, oppression grandissante à mesure que la cause de l'enrichissement s'éloigne. L'essor du capitalisme au XVIIe siècle est inséparable du colonialisme et de la promesse d'Eldorados futurs, sans lesquelles l'aristocratie française n'aurait pas engagé des fortunes. A cette phase d'oppression physique évidente, a succédé une oppression plus psychologique.

Les langages purs en vigueur dans le monde des affaires, juridiques et mathématiques, dont le droit international n'est que le corollaire hypocrite (d'où vient que Marx déclare les "droits de l'homme" limités à l'homme égoïste et non "infinis"), cette architecture a pour effet de purger l'économie des réalités concrètes de la vie économique, exactement comme les équations d'Einstein vident le cosmos de sa substance pour projeter à la place une cinématographie ou une cinétique de l'univers.

Peu à peu, la fonction de ces langages qui n'est pas pratique mais sécuritaire, de garantie de la propriété, se retourne contre l'économie en créant des vides juridiques de plus en plus flagrants et béants. Autrement dit la vitesse de circulation des titres, proche de l'emballement et impossible à freiner, s'explique par la réduction de l'économie au privilège de la propriété. On peut tirer une comparaison juste du gangstérisme, que Marx n'aurait pas désavouée pour qualifier toute la doctrine libérale : au fur et à mesure de sa cavale, le butin du cambrioleur s'étiole. La cryptographie économique se retourne contre ceux qui l'ont mise en place et en ont perdu le code-source. Cambrioleurs et banquiers sont de la même espèce.

Pour dire à quel point l'économie est simple, elle est résumée ainsi en une phrase par un autre anarchiste, Léon Bloy : "Il n'y a de pauvres qu'en vertu d'un décret des riches."

Le danger, une fois le code cassé à force d'avoir trop tiré sur la corde, est d'un retour du propriétaire aux moyens d'oppression physique ordinaires, afin de récupérer ce qui ne lui appartient pas.

Télémax

12:47 Publié dans Fauchon la Culture ! | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : economie, mathematiques, au trou, leon bloy, karl marx, anarchie, esoterisme, fanzine | | |

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