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20/10/2011

Démocratie et Populisme

Le populisme est tout entier contenu dans l'idéal démocratique. Non pas la démocratie au sens athénien du terme, mais au sens totalitaire ou utopique moderne de la promesse de droits civiques aux classes populaires laborieuses et sans titres, promesse traduite vulgairement par la publicité comme un "droit au bonheur". (...)


+ Par-delà les cours d'éducation civique, si l'on observe qui sont les premiers promoteurs et usagers du suffrage universel, on verra qu'il n'y a presque que de grands... tyrans sanguinaires. Non seulement Hitler, Staline ou Lénine, mais aussi Napoléon Ier et Napoléon III. De façon plus anecdotique, le général de Gaulle étendit le suffrage aux femmes, en suputant de leur part un plus grand conservatisme, favorable à son clan.

Il s'agit pour Napoléon Ier, à l'aide de scrutins largement truqués, puis pour Napoléon III, bernant les paysans français avec l'aide du clergé catholique, de contourner des pouvoirs et institutions dites "intermédiaires" qui ne lui sont pas favorables.

+ La foi dans l'idéal démocratique n'est d'ailleurs vraiment ancrée dans les esprits que depuis peu. Au moins jusqu'en 1918, les milieux paysans et ouvriers conservent à l'esprit que l'exaltation des droits civiques du peuple a pour rançon le devoir de servir de chair à canon en cas de concurrence industrielle exacerbée entre nations et de conflit armé.

+ Les strates inférieures de la population française ne bénéficient-elles pas de droits civiques et d'avantages supplémentaires par rapport à leurs ancêtres ? On ne peut manquer, pour faire un tel bilan, de tenir compte comme Marx de la mondialisation et de ses conséquences pour le tiers-monde. Certes, on a inventé l'assurance-chomage en Europe, mais celle-ci est un privilège que les travailleurs chinois ou indiens paient. 

+ De manière brutale mais réaliste, on peut dire que les institutions sophistiquées perdent en temps de crise, le plus souvent d'ordre économique, leur efficacité ordinaire (qui ne va jamais sans une bonne dose de corruption) ; la démocratie sert alors d'argument populiste à un petit groupe d'hommes moins représentatifs... mais agissant beaucoup plus efficacement.

Il vaut donc mieux voir la crise révolutionnaire, à l'instar de Shakespeare ou Marx, comme une métamorphose et non un progrès ; on évite ainsi de tomber dans le millénarisme libéral ou républicain, qui occulte le sens vital et macabre de la métamorphose politique. On comprend aussi que l'idéologie totalitaire a pour principale visée la sacralisation des modes d'organisation humains. Le pouvoir monarchique "de droit divin" n'est qu'une version grossière du principe totalitaire, qui n'a fait que se raffiner depuis pour se conformer aux nouvelles modalités d'exploitation.

+ Ainsi on en est arrivé dans le clergé républicain moderne (C. Lévi-Strauss), à professer l'admiration de sociétés barbares primitives, dans lesquelles le sentiment identitaire était aussi très vif, et l'organisation religieuse et militaire déterminante, l'aliénation de l'individu à la tribu totale. Où la tartufferie républicaine bat des records, c'est lorsqu'elle prétend concilier l'existentialisme moderne avec l'humanisme. Le nazisme en est plus près.

+ Ce qui se fait naturellement au sein d'une fourmilière requiert un minimum d'adhésion de la part de la personne humaine. Plus une religion est destinée à rassurer l'homme, plus elle fait appel au rêve. "Drogue", "religion", "rêve", sont trois vocables pour décrire au plus près la mécanique totalitaire. L'aspiration à la sécurité est toujours plus grande dans un régime totalitaire ; c'est un besoin infini, comme le besoin d'opium. Et comme le besoin n'est comblé que par des artéfacts ou des illusions, les barrières et les liens sociaux créés, de plus en plus fragiles, sont menacés de rompre en définitive, et de ramener ainsi la terreur et la panique générale au milieu du troupeau.

+ Ennemi déclaré du peuple et adepte d'une culte républicain figé, évocateur des pharaons et de l'Egypte antique, le moraliste allemand F. Nietzsche ne voit pas que le totalitarisme est doublement menacé de catastrophe et de ruine. Il est menacé non seulement par le refus d'un petit nombre d'hommes irréductible de se soumettre au culte social matriciel, d'admettre que leurs existences dépendent du hasard, mais il est aussi en péril du fait que l'architecture humaine totalitaire, faite de pierres vivantes, est condamnée par les lois de la biologie et du mouvement. A vouloir imiter les fourmis ou les abeilles, l'humanité ne peut que s'abaisser jusqu'à une condition inférieure à celle d'un insecte.

Télémax

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