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17/11/2011

L'Oeuvre au noir de BHL

"Je ne me suis jamais trompé." : ainsi BHL exprimait-il avant son opération commando en Libye l'opinion qu'il a de lui-même, assortie de la liste de tous ses confrères intellectuels vautrés dans l'erreur (Aragon, Sartre, Camus, etc.).

On n'est pas loin du dogme de l'infaillibilité pontificale ; on est même si proche de ce type de propagande que, dans une interview récente accordée à "France 3"* pour faire la promo de son dernier bouquin, au journaliste qui lui demande s'il se sentirait responsable en cas de massacre commis par le CNT, le philosophe de terrain répond : "Non pas responsable, mais comptable." Puis ajouter un peu plus loin qu'on ne peut naturellement pas faire l'omelette de la liberté sans casser quelques oeufs. Sordide comptabilité ; de chef de guerre, impossible à justifier de manière philosophique (Aragon et Sartre sont les porte-parole de partis politiques et non des philosophes). (...)


On comprend donc que, quoi qu'il fasse, BHL demeurera éternellement à ses yeux "blanc comme neige". On retrouve l'astuce sémantique pour se défausser de Georgina Dufoix dans l'affaire du sang contaminé, le fameux "Responsable mais pas coupable." C'est le principe même de la folie, puisque les aliénés sont toujours parfaitement "justifiés" à leurs propres yeux. Alfred Jarry, véritable philosophe, est bien inspiré de marquer Ubu-la politique du signe de l'entropie ou de la folie.

Quant à la non moins ubuesque "infaillibilité pontificale", démentie par toutes les repentances des papes pour les erreurs commises dans le passé, elle indique que Rome a toujours raison... sauf quand elle a tort.

Plutôt que de stigmatiser tel ou tel parti d'Eglise ou parti politique, mieux vaut d'ailleurs ici, comme Jarry, comprendre la racine du mal. L'incessante invocation de la "raison" par les curés républicains, imitant ainsi exactement leurs prédécesseurs catholiques, est pour mieux faire oublier le caractère profondément religieux du droit (autrement dit "ésotérique" par K. Marx). Etant donné l'"appui aérien" de BHL, sans lequel celui-ci ne serait rien, il est bon de signaler le commun ésotérisme des langages technique et juridique, qui forment le socle de la conscience du fonctionnaire moderne et du citoyen lambda sous ses ordres. C'est la profonde compréhension par Shakespeare de ces codes juridique et technique qui lui a permis, avec une hauteur de vue bien supérieure à celle des "Lumières", d'anticiper les régimes totalitaires modernes.

L'ésotérisme du droit tient dans sa relativité ; celui-ci ne fait que refléter la loi du plus fort et enregistrer au fur et à mesure ses évolutions. Exactement comme les statistiques, le droit donne d'informations en mouvement un reflet fixe ou stable, à l'instar du piéton qui se déplace sans bouger  sur un tapis roulant. Débile sur le plan scientifique, la formule de la relativité d'Einstein éclaire en revanche d'une lumière crue le principe du droit ou de la morale, si crue qu'elle invalide toute ruse tendant à faire croire à l'équité de systèmes qui ne font qu'enregistrer et classer des rapports de puissance. Hors contexte, Einstein ne fait que répéter le propos de Shakespeare ou Marx (Les Etats-Unis ont une idole, Einstein, dont ils ignorent que la formule casse involontairement le code de tout système de droit). Pour être le plus net possible : le droit ne peut s'opposer à la loi de la jungle, puisqu'il s'avère le moyen le plus efficace de l'organiser. Nul ne peut postuler le progrès juridique, en dehors du darwinisme social le plus fantaisiste et bestial, dépourvu de la moindre preuve : et cette thèse n'est pas moins abjecte que la théorie raciale nazie.

- La prétention de BHL à continuer de creuser le sillon des "Lumières" ou de la Révolution française est elle aussi carrément grotesque. Stricto sensu, BHL semble un pur "personnage de fiction". Statut inquiétant pour un homme en principe vif, car cette qualification est applicable aux fous et aux cadavres. Aux fous parce qu'ils ne savent pas ce qu'ils font ; aux cadavres parce qu'ils ne peuvent plus échapper au destin. Pour utiliser une expression de la kabbale, BHL est son propre "golem". Une "main invisible" dirige ses pas et ses actions. On peut se demander ce qui pousse ainsi à entrer dans la peau d'un personnage et à n'en pas sortir, à fermer ainsi la porte à la liberté ? Kafka fournit la réponse dans sa métamorphose, due à la peur, incitation à épouser la formule de la mort pour mieux l'amadouer, cause fondamentale de la folie humaine.

- L'incompétence économique de Sarkozy et Fillon, doublée de l'ignorance crasse de BHL, au sommet de l'Etat français, sont sûrement des signes de décomposition avancée. De façon à peine croyable, la chaîne "Public Sénat" explique que l'opération commando en Libye était destinée à favoriser le candidat Sarkozy dans les sondages, que c'est probablement la raison du consentement du président au délire du comptable BHL. Même sa propagande, l'Etat ne la contrôle pas. S'il y avait des responsables à gauche, ils s'empresseraient de dire que la campagne électorale, débordement religieux extrêmement coûteux, ne fait qu'accroître la vulnérabilité d'un vaisseau qui est déjà la cible d'attaques désordonnées mais néanmoins légales et concurrentielles.

 *13/11/2011, interviewé par Francis Letellier.

Bardamor

15:42 Publié dans L'Odeur du Danemark | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bhl, france 3, au trou, fanzine, anarchiste, libye | | |

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