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26/04/2012

L'imposteur Onfray

Qui, en dehors de la Fnac, décrète Michel Onfray l'ami du peuple ? D'emblée il faut dire que Marx, au contraire d'Onfray, a mis en garde le peuple contre la philosophie moderne. Onfray et Marx sont donc deux sortes d'amis du peuple opposées.

Quand Marx prône l'histoire et la vérité, au contraire Nietzsche, référence habituelle d'Onfray, prône le mensonge et la religion, le "maquillage social". D'une certaine façon Nietzsche ouvre droit à la religion psycho-sociologique que Marx proscrit, comme le prolongement des vieilles idolâtries païennes (à vocation thérapeutique dans le meilleur des cas).

Car ce qu'Onfray se dispense de dire à ses ouailles, c'est que le reproche adressé par Nietzsche aux chrétiens ou aux communistes (anarchistes), c'est l'irréligion, et non l'inverse. L'athéisme d'Onfray (Nietzsche n'est pas vraiment athée), est donc tributaire d'un sentiment religieux, voire d'un ritualisme accrus. Ce n'est pas ici un détail négligeable, car il permet de comprendre par exemple pourquoi la République laïque, ne peut opposer sa neutralité à l'islam ou à d'autres religions ; plus que jamais la République postule l'ordre public, à défaut de l'assurer toujours, et cet ordre-là impose un respect de nature religieuse. La République laïque est donc en concurrence avec les autres religions. Exactement de la même façon, on pourrait dire que l'organisation n'est pas neutre, mais soutenue par un arsenal de décrets, qui enregistrent un rapport de forces. Nombre de musulmans se contentent de dire, ce qui n'a rien de religieux, ni de neuf, que l'Occident impérialiste organise le monde selon le rapport le plus inégalitaire, et que c'est au contraire cette tartufferie-là - la prétention à l'égalité -, qui est la plus religieuse.

Rien ne sert dans le christianisme, observe Nietzsche avec exactitude, le destin de l'humanité, synonyme de volonté de puissance politique ; que la société soit prise dans son ensemble, ou suivant la condition sociale particulière de chacun. Le Christ déclare seulement l'accès presque impossible des riches aux choses de l'esprit, ce qui implique en effet le mépris ou le désintérêt de la société, et une conception chrétienne de la spiritualité strictement individualiste (...).


L'imposture d'Onfray à propos de Nietzsche est de cacher que sa doctrine est l'une des plus propices à l'embrigadement du peuple par son élite, et par conséquent au populisme. Tandis que Marx dissuade au contraire le peuple de se fier à ses majors de promotion, pour une raison qui peut surprendre : parce que l'élite est la caste la plus coupée de la métaphysique. Pour ainsi dire, ce n'est pas la vocation de l'élite d'être intelligente ou prévoyante, mais d'entraîner. Peu importe vers où. La société avance nécessairement à marche forcée. Il n'y a pas d'autre raison que la bêtise de s'associer au mouvement social ; sauf à être le berger soi-même, qui se repaît de son troupeau.

M. Onfray cite habituellement Nietzsche et, crac, d'un seul coup, voilà-t-il pas qu'il prône Proudhon !? Quel rapport entre la doctrine égotiste d'un junker polonais réac, et la doctrine de Proudhon ? La philosophie moderne serait-elle comme ces poupées russes qu'on peut emboîter les unes dans les autres ?

Dans une tribune publiée dans "Le Monde" il y a une semaine, précédant le premier tour de l'élection (18 avril), l'athée M. Onfray prône l'abstention ou le "vote blanc". L'abstention est le geste le plus pragmatique, en face d'un personnel politique empêtré dans les contradictions de la croissance et de la démocratie (la croissance n'a rien de démocratique, pourtant c'est elle qui conditionne tout le système dit "démocratique").

Le "vote blanc", en revanche, est le plus religieux possible. Il participe entièrement de ce que Nietzsche qualifie de "morale pure" ; c'est aussi exactement l'opium que Marx accuse l'élite républicaine de répandre dans le peuple, afin de l'asservir à une cause qui n'est pas la sienne.

Bien que Proudhon ne soit pas exactement Marx, on l'imagine mal s'adonner à cette rêverie de nonne républicaine que représente le "vote blanc".

Mais le paragraphe le plus consternant de la tribune d'Onfray, dans un quoditien entièrement dévolu à la propagande libérale, après avoir chanté les louanges de l'URSS pendant de nombreuses années, c'est ce passage où, afin de tenter de disculper l'élite républicaine, Onfray tente d'inculper le Front de gauche de Mélenchon, et le FN de Marine Le Pen, des tares du système d'exploitation républicain. C'est un procédé crapuleux sur le plan intellectuel.

Le discours du Front de gauche, comme celui de Marine Le Pen, est incohérent ; incohérentes sont aussi leurs candidatures, et parfaitement vaines, entraînant la caution indirecte d'un régime qui bombarde des populations civiles "au nom des droits de l'homme", et dont les électeurs de Le Pen ou Mélenchon n'ont rien à attendre. Mais cette incohérence-là est le fruit d'une manipulation de l'histoire, opérée par l'élite. Elle n'a pas son origine dans l'électorat populaire, mais dans l'instruction républicaine et ses acteurs, que M. Onfray viserait à meilleur escient, sans doute, s'il n'en faisait partie.

Accuser Mélenchon ou Le Pen de populisme, comme fait Onfray, c'est en effet effacer des tablettes de l'histoire que le populisme a toujours été engendré par la gabegie de l'aristocratie, puis de la bourgeoisie républicaine.

"Sans sourciller, le Front national cite Robert Brasillach et le Front de gauche Robespierre, deux fanatiques qui mettent la Terreur à l'ordre du jour, l'un justifiant l'envoi des enfants dans les chambres à gaz nazies, l'autre légitimant Jean-Baptiste Carrier qui assassine lui aussi les enfants lors des massacres de Nantes au nom de la République jacobine." écrit M. Onfray ; celui-ci a beau sourciller tant qu'il peut, ça ne change rien au fait que c'est une des phrases les plus grotesques qu'il m'a été donné de lire dans "Le Monde".

Des phrases aussi ridicules que celles-ci, on pourrait en écrire des kilomètres sans rien prouver ; par exemple : "Comment se fait-il qu'on étudie dans les écoles républicaines, et qu'on cite en référence les ingénieurs de la science physique nucléaire, qui a permis la fabrication de bombes A extrêmement meurtrières et scandaleuses ?"

Ou encore : "Comment se fait-il qu'on célèbre chaque année Napoléon dans l'armée française républicaine, alors que c'est un des tyrans les plus sanglants, bien plus que Robespierre ?"

En outre Brasillach est un journaliste sans grand poids ni envergure. Il est vrai que, contrairement à Louis-Ferdinand Céline, il n'a pas tenté de dissuader le peuple d'aller se faire tuer pour la défense de la propriété républicaine et de son élite parasitaire ; cependant la responsabilité de Brasillach dans le déclenchement du dernier conflit mondial est nulle. Onfray prend-il son public pour une bande de cons, pour qu'il tente de lui faire avaler que la guerre est faite afin de répondre aux envolées lyriques de quelque journaliste, aussi pervers soit-il ? Le comble est sans doute l'ignorance par Onfray que Brasillach est sans doute un des écrivains français les plus nitchéens et désireux de retourner aux valeurs "gréco-romaines" (que B. amalgame exactement comme N., c'est-à-dire en occultant tout ce qui, dans la science grecque, va dans le sens de l'anarchie).

Michel Onfray fait comme si les sociétés démocratiques ne justifiaient pas le sacrifice quotidien de millions d'êtres humains, dont beaucoup d'enfants, sous divers prétextes juridiques et sociaux moins francs que la guerre. Sans doute cette occultation, toute cléricale, est-elle indispensable au "gai savoir".

Télémax

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