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01/05/2012

Urnes et Cercueils

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Lorsque les députés PS sont interrogés sur la guerre coloniale en Afghanistan, ils font en général une moue dégoûtée avant d'aller voter les crédits militaires.

Cette moue dégoûtée est essentielle, car c'est ce que retient d'abord le téléspectateur-citoyen. De sorte que, s'il n'y avait que des va-t-en-guerre comme Gérard Longuet ou Hervé Morin, les Français hésiteraient peut-être plus à se salir les mains en élisant le chef d'une armée en guerre (lui accordant ainsi un blanc-seing pour d'éventuels bombardements à venir.)

Je reconnais avoir mis du temps à découvrir Ted Rall, auteur de "Passage afghan" (Boîte à Bulles, 2004), sorte de reportage en BD sur les opérations commando occidentales en Afghanistan.

Avec l'élection présidentielle, la guerre d'Afghanistan fait partie de ces événements qui soulignent le caractère complètement ubuesque de la politique. (...)


Pour cela, il faut aller y voir de plus près. Dans le poste de télé, la guerre d'Afghanistan paraît en effet un banal combat opposant les bons aux méchants, comme dans "Call of Duty".

Les amis et la famille de Ted Rall ont bien tenté de le dissuader d'aller se promener dans l'enfer afghan ; il a semblé à Ted Rall que, si les Afghans peuvent passer une vie entière dans l'enfer, lui pourrait bien tenir trois semaines. Notre dessinateur-reporter yankee avoue humblement qu'il n'a pratiquement pas cessé d'avoir le trouillomètre à zéro pendant ce temps. Probablement faut-il se rendre en enfer pour se rendre compte qu'on était au purgatoire jusque-là, et vice-versa.

Plutôt que de s'indigner en vain, Ted Rall souligne à bon escient l'absurdité du conflit. La domination du monde par les Etats-Unis est une sorte de devoir aveugle qu'ils s'imposent, qui ne souffre pas de remise en question. Dans le détail, un stratège militaire peut faire preuve de ruse, mais globalement le pouvoir est un principe imbécile, mathématique, donc fatal.

L'autre aspect souligné par Ted Rall est l'aspect totalitaire de cette guerre coloniale moderne. T. Rall explique très bien comment la désinformation est orchestrée par les grands médias et leurs employés-reporters aux méthodes peu ragoûtantes.

"On m'interroge souvent sur les mécanismes de censure des médias aux Etats-Unis ou plus précisément sur l'autocensure. Je pense qu'il ne s'agit pas tant d'un problème de mensonges délibérés - encore que cela puisse se produire - que d'un principe d'omission permettant aux médias de conserver leurs relations avec des politiciens et décideurs importants considérés comme des sources potentielles d'information. (...)

Le premier amendement à la constitution américaine garantit la liberté de la presse mais de multiples forces concourent à limiter ce libre accès à l'information. (...)

Les patrons de ces entreprises [groupes de presse] et les rédacteurs en chef qui travaillent pour eux répugnent à froisser des membres influents du gouvernement et des grands patrons car s'ils étaient exclus des conférences de presse, s'ils n'avaient plus accès aux fuites ou s'ils ne recevaient plus les communiqués de presse, leur capacité à collecter l'information serait mise en péril. On peut rétorquer que ce genre d'information n'est pas grand-chose d'autre que de la propagande. (...)

Notre gouvernement censure rarement la presse. Il n'en a pas besoin. (...)

Il est apparu récemment une forme nouvelle et subtile d'autocensure. On couvre une information dans le détail, à l'exception d'un élément crucial qui en modifie toute la teneur. Invariablement, cet élément omis donnerait une mauvaise image de quelqu'un d'important. Par exemple, les médias ont très largement couvert la situation politique difficile du Vénézuela où des manifestants fidèles au Président Chavez ont affronté les employés grévistes de la compagnie pétrolière nationalisée. La crise a débouché sur une tentative de coup d'état en avril 2002. Pour l'Américain trop occupé, cela ressemble à la sempiternelle histoire du dictateur sud-américain d'extrême-droite écrasant de pauvres travailleurs. Et ceci parce que trois faits capitaux ont régulièrement été passés sous silence. D'abord, l'appel à la grève a été lancé par les dirigeants fortunés de l'entreprise et non par les ouvriers. Ensuite, Chavez a été élu démocratiquement. Enfin, les organisateurs du coup d'Etat étaient soutenus par l'administration Bush. (...)

De la même manière, la crise de la Corée du Nord a l'air d'être la simple histoire de communistes malins qui trahissent leurs engagements de ne pas développer d'armes nucléaires en échange d'une aide économique. Dans le flot de propos déversés chaque jour sur le sujet de se trouve régulièrement oublié le contenu de l'accord signé en 1994 par les Etats-Unis et la Corée du Nord. Accord dans lequel le Président Clinton s'engageait à rétablir des relations diplomatiques avec le régime de Kim Jung Il. Idem pour les avertissements répétés de la Corée, remontant à 1999, dans lesquels elle annonçait la reprise de ses recherches nucléaires si les Américains ne respectaient pas leur part du traité.

La Corée du Nord viole désormais cet accord mais les Etats-Unis le faisaient déjà depuis des années. (...)"

Ted Rall

- La grande différence entre la vérité et l'information, tant vantée dans les régimes totalitaires, c'est que la vérité n'est pas commercialisable.

- Bien entendu la France n'a aucune leçon à donner aux Etats-Unis en termes de liberté de la presse. Celle-ci est empêchée d'une manière similaire en Europe. L'idée que le "Premier amendement de la Constitution" puisse garantir la liberté de la presse (sic), ce voeu pieux seulement est typiquement américain ; pour un Français, une telle naïveté prête à sourire. Elle traduit l'ignorance que, depuis des millénaires, pouvoir et liberté s'affrontent sans relâche et qu'il ne peut, d'une certaine façon, en être autrement.

Télémax

23:20 Publié dans L'Odeur du Danemark | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ted rall, afghanistan, guerre, média, censure, au trou, fanzine, anarchiste, caricature, bardamor | | |

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