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06/11/2012

Les Français et l'Argent

Dernièrement, la nouvelle ministre des PME-PMI, Fleur Pellerin, posait ingénument lablog,webzine,fanzine,anarchiste,au trou,satirique,fleur pellerin,argent,français,françois hollande question -tout du moins en s'efforçant d'avoir l'air ingénue : - Il semble que les Français ont un problème avec l'argent... avant d'ajouter : - Cela doit venir de leur culture judéo-chrétienne ? On ne saurait démontrer plus efficacement que l'art de la communication politique consiste à prendre pour une bande de cons ceux qu'elle vise.

- C'est la communication politique qui est l'héritière de la propagande de la foi judéo-chrétienne.

- Mme Boutin a vendu son désistement au dernière élection 800.000 euros ; est-ce à dire que, si elle n'avait pas été judéo-chrétienne, elle en aurait tiré un meilleur prix ? Précédemment, Mme Boutin s'est déclarée favorable à la réouverture des maisons closes, confirmant si besoin était que les judéo-chrétiens ont moins de prévention vis-à-vis de l'argent que Judas Iscariote lui-même (qui finit par restituer les trente deniers) ; en outre, que dire de François Fillon ou François Bayrou, si ce n'est que leurs programmes judéo-chrétiens sont d'abord faits pour recevoir l'agrément des banquiers.

De là à dire que le parti judéo-chrétien est le parti de l'argent, il y a un tout petit pas à franchir. En fait il suffit de lire "L'Avare" de Molière, qui ne devait pas être au programme de l'école de commerce de Mme Pellerin.

- Le dernier communicant politique à avoir fait état de son mépris de l'argent est François Hollande. Parfaitement insincère, il visait un électorat de fonctionnaires publics majoritairement athées et laïcs comme lui - chez qui on relève le même degré d'hypocrisie, puisque feignant de croire que l'argent de l'Etat et des institutions publiques tombe du ciel, comme la semence de Jupiter sur la jeune donzelle Europe. A titre personnel, j'aimerais bien savoir quel genre de type a soufflé à Hollande cette idée, qui me paraît d'un cynisme moins banal que celui de Christine Boutin ou Fleur Pellerin (...).


- François Hollande a commis une petite erreur de casting en nommant A. Montebourg au redressement du machin, et Fleur Pellerin aux PME-PMI, et non l'inverse.

- L'attribution à la France et aux Français d'une méfiance particulière vis-à-vis de l'argent, s'il était un compliment dans la bouche torve de Mme Pellerin, serait excessif. Que je sache, Moïse, Job, Jérémie, n'étaient pas Français. D'une manière générale, on peut pratiquement affirmer que toutes les nations modernes ont engendré au moins un penseur dissuasif de prendre l'argent et le commerce pour autre chose que ce qu'ils sont : des moyens de parvenir. Si la pensée n'excédait pas le niveau de la mécanique, on comprend qu'elle se situerait au niveau d'une salle de marché, un peu au-dessous des brèves de comptoir d'un bar-PMU.

Même pas les Etats-Unis, pour ceux qui chercheraient un pays-refuge où les parvenus soient à l'abri de toute critique sur leur façon de mener le monde. De mémoire, je cite un moraliste yankee : "La nation dont les citoyens redoutent la pauvreté est foutue d'avance."

Pour ainsi dire, le bonheur est fondé dans l'antiquité sur le mépris de l'argent, au contraire des systèmes économiques et politiques modernes dont le dynamisme repose sur la frustration du citoyen lambda. Les riches n'ayant pas moins de besoins que les miséreux, dit Démocrite ironiquement, ils sont aussi malheureux.

- Shakespeare n'est pas plus français, à qui le diagnostic psychiatrique de "L'Avare" de Molière paraît emprunté, pour citer les deux médecins de l'âme ou de la conscience les plus lucides des temps modernes. Avec Shakespeare, la méfiance de l'argent se situe au niveau, scientifique, d'une protection individuelle contre le viol de la conscience. Je précise "scientifique", non seulement parce que Shakespeare décrit avec précision le processus d'aliénation, mais aussi pour expliquer l'ironie de Shakespeare et Molière vis-à-vis de la médecine bourgeoise "judéo-chrétienne", à qui ils prêtent les intentions et les accoutrements de l'hermétisme religieux.

- Hormis la réticence de certains Français, disciples de Molière ou de Shakespeare, au viol de la conscience perpétré à travers le culte identitaire commun, une explication simple peut être fournie de la discrétion affichée par de nombreux Français quant à leurs revenus, en particulier quand ils affichent par ailleurs leur foi dans la démocratie. Même un imbécile reconnaîtra que les revenus déterminent la hiérarchie sociale. Comme ceux-ci sont les plus inégalement répartis, la transparence en ce domaine revient à avouer que la démocratie n'est qu'un attrape-couillons. La communication n'étant qu'un cache-misère (intellectuelle), notre Fleur de printemps socialiste déshabille Paul pour habiller Jacques. Quand Hollande flatte l'idéal démocratique de son parti, la ministre des PME-PMI s'adresse à des Français dont l'activité répond plus physiquement au principe de la concurrence, et non de la morale pure.

Aux Etats-Unis, où on s'embarrasse moins de ce double discours, l'idéal démocratique survit grâce au plein emploi, c'est-à-dire non pas la promesse d'égalité (aucun peuple n'a jamais été assez bête pour gober à fond les promesses des curés), mais la promesse d'enrichissement pour tous. La nécessité de partis religieux comme le PS, le FN ou le parti des travailleurs mélanchoniens, s'impose dans le contexte d'une crise économique quarantenaire où la main-d'oeuvre se retrouve les bras ballants, et il faut bien trouver des dérivatifs à son oisiveté. On donnerait volontiers ce conseil au gouvernement de se concentrer exclusivement sur la culture, si les ministres, députés et fonctionnaires n'étaient beaucoup moins doués pour ça que les milieux populaires ne le sont naturellement.

- Pour le point qui chagrine la ministre et l'empêche de s'épanouir en toute franchise -la méfiance des Français vis-à-vis de l'argent est-elle contre-productive ?, quelqu'un devrait lui dire que le temps de la productivité est révolu, contre celui de l'investissement et d'un enrichissement dont la cause est plus nébuleuse que celle du gangstérisme traditionnel. Qui sait si, bientôt, des tirettes des banques, ne coulera pas du sang, plutôt que le liquide pur auquel on est habitué ? Or l'éloignement de la production rend la méfiance des investisseurs d'autant plus légitime. Le descriptif des dernières crises est celui d'investissements farfelus. Plus l'espoir d'un rapport est faible, plus l'investisseur se méfie. Harpagon est dément, sans doute, mais ce n'est pas un mauvais patron de PME-PMI. 

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