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28/04/2013

Culture & Totalitarisme

Tout de même un peu gênée, la ministre de la Culture Filippetti, lors de son dernier passage à la télé, d'affirmer que le divertissement est une "mission du service public". C'est en effet la caractéristique d'un Etat totalitaire d'assurer le divertissement des foules. Et le divertissement du public par les agents commissionnés de l'Etat va bien au-delà du seul service rendu par les chaînes de télévision publique, bien sûr. Elle est aussi dans l'encouragement de "l'art numérique" dans l'Education nationale, dont n'importe quel imbécile est capable de se rendre compte qu'il se traduit concrètement par la production de "biens culturels" (sic) principalement dédiés au divertissement. 

Présenter le divertissement comme une "mission" ou un "devoir" relève de la tartufferie. Cet aspect du divertissement dans la charge de l'Etat trahit plusieurs choses : la rupture complète des prétendues "valeurs républicaines" avec "l'esprit des Lumières", mises pourtant dans l'enseignement scolaire au service du mythe fondateur de l'Etat républicain. Quel professeur d'histoire peut oser sérieusement rattacher la Ve République et cette mission de divertissement aux "philosophes des Lumières", dont un des reproches essentiels adressés à la tyrannie monarchique et au clergé catholique est de maintenir le peuple au niveau du divertissement, éloigné de la science ? Diderot va même jusqu'à reprocher aux évêques de France de délivrer un enseignement qui n'est pas conforme à la lettre et à l'esprit de la Bible.

Cet argumentaire trahit aussi la pénétration de la "sphère intime", selon l'expression casuistique, par l'Etat, contradictoire de la prétention de ce dernier à garantir la liberté individuelle, ou au moins à ne pas se mêler de ce qui ne le regarde pas. On voit, en réalité, que les moeurs modernes portent la marque de l'Etat. L'acceptation de cette direction de la conscience individuelle par l'Etat, tient au confort qu'il procure au plus grand nombre.

On objectera : - Mais l'homme n'a-t-il pas besoin d'un peu de divertissement ? On rétorquera : - Quel sorte d'homme a besoin du service de l'Etat pour prendre un peu de bon temps ? Et où est le divertissement de la part de l'humanité occupée à des tâches harassantes de production ? (...) 


 Beaucoup moins gênée, notre "ministre", quand il s'agit d'affirmer la "rentabilité" de la culture, et qu'elle n'est pas principalement, en France, affaire de subventions. Ici la ministre, soi-disant héritière d'une tradition communiste ouvrière, n'hésite pas à basculer dans l'argumentaire capitaliste pour justifier sa fonction, et cette valeur qui lui paraît la plus sacrée : la culture. Celle-ci serait donc menacée, si elle n'était pas... "rentable" ?! Même en cette période de crise économique, qui trahit la débilité des économistes libéraux et le fiasco de leur stratégie d'esclavage délocalisé, les économistes libéraux osent moins parader avec leurs arguments de meilleur des mondes possibles par la grâce du libre-échangisme. La production culturelle demeure encore l'économie la moins délocalisée. Mais seule l'ineptie maximale empêche de voir le fondement industriel et technocratique de la culture moderne, et la dépendance d'une économie de service sur la production industrielle.

Un autre slogan dans la bouche d'Aurélie Filippetti, rappelle la propagande de la foi, et mériterait d'être disséqué plus avant que je ne le fais ici ; il s'agit de la consécration du "devoir d'information" des journalistes. L'idée de devoir implique celle de morale ou d'éthique ; par conséquent, que cela plaise ou non aux journalistes, l'idée de religion. La nature de ce devoir et de cette éthique sont bien mystérieux, d'une part, et, d'autre part, on voit qu'il s'agit d'une éthique incontestable, c'est-à-dire de la religion qui s'avère, de toutes les religions, la moins soumise à la critique. Même les journalistes qui souhaitent aujourd'hui s'engager dans de nouvelles formes de journalisme n'osent pas présenter leur démarche comme une démarche contestataire, opposée aux méthodes des grands médias (ou très rarement, au niveau des Français les plus démunis), mais seulement comme une démarche "alternative".

Je trouve dans le dernier sophisme mis en avant par la ministre, une occasion de réconfort. En effet, l'affirmation de la ministre qu'il y a, dans l'Education nationale et la culture, un encouragement à l'art ou la culture, a été immédiatement contestée sur le plateau par un comique (Fabrice Eboué). Celui-ci a prétendu, au contraire, que ses observations l'amènent à conclure que la vocation artistique aujourd'hui, se fait généralement en réaction contre l'institution scolaire, représentative à ses yeux de "l'établissement", c'est-à-dire (je traduis) des valeurs établies faisant consensus, et dont on peut poser l'équivalence, en 2013, avec le "confort intellectuel". C'est un motif de réconfort de constater qu'un individu sain d'esprit peut encore démonter en une phrase la parole gouvernementale ubuesque, et dont la force est celle du slogan. On relève que cet individu est un autodidacte, qui n'a pas fait d'études.

Bardamor

14:15 Publié dans Ecran Total | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : webzine, au trou, anarchiste, culture, état, filippetti, fabrice éboué | | |

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