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14/01/2014

République contre Démocratie

Les "valeurs républicaines" et les "valeurs démocratiques" dont on rebat sans cesse nos oreilles de catéchumènes, sur fond de compétition économique plus ou moins mafieuse, et toujours à des fins de maintien de l'ordre public, sont incompatibles entre elles.

Si l'apologie de la démocratie ne s'accompagne pas toujours, comme chez Karl Marx, d'une critique drastique du droit moderne (incluant la remise en cause des droits de l'homme), rares sont les historiens ou les philosophes d'un minimum d'envergure qui ignorent cette contradiction majeure. En l'occurrence, les historiens sont les mieux placés pour voir et expliquer que le processus politique qui mène à la démocratie moderne N'EST PAS UN PROCESSUS DEMOCRATIQUE, sauf à considérer l'ex-république populaire de Russie, et l'actuelle république populaire de Chine comme des régimes démocratiques.

A ce propos, signalons la loufoquerie des éditorialistes et de certains politologues ayant pignon sur rue, puisque ceux-ci, admettant généralement que la Chine n'est pas un régime démocratique, mais un régime tyrannique, avec lequel la société civile française n'hésite pas à traiter "au nom du peuple français", ces professionnels de la généralisation hâtive n'hésitent pas à déclarer que l'enrichissement de la Chine entraînera sa conversion au régime de liberté que nous sommes censés connaître, selon un mécanisme presque automatique, et qui relève de la prestidigitation, puisqu'on ne trouve aucune trace dans l'histoire occidentale d'un tel procédé d'émancipation, mais un simple plaidoyer "pro domo". (...)


Quant aux universitaires, un mélange de mauvaise foi et d'incompétence explique sans doute de la part de certains (J. de Romilly) la référence aux idées politiques de Platon. Quel politicien un tant soit peu sérieux prétendra qu'on peut gouverner des dizaines, voire des centaines de millions de citoyens, comme une cité grecque de quelque 200.000 âmes ?

Les valeurs républicaines, en principe élitistes, visent la meilleure organisation politique possible. C'est beaucoup moins net en ce qui concerne la démocratie. Ainsi Marx vise bien plus la vérité, la science, l'émancipation des opprimés, qu'une constitution politique quelconque. Sa perspective est celle, bien peu républicaine, d'une dissolution de l'Etat. C'est en réalité avec le stalinisme que les valeurs républicaines s'accordent le mieux, or dans le stalinisme la démocratie n'est qu'à l'état théorique.

Pas plus J.-J. Rousseau, en tant qu'il fait de la propriété la principale cause des maux de l'humanité, ne peut être considéré comme l'un des pères fondateurs de nos "républiques démocratiques libérales", dont l'axe de conservation et de défense de la propriété, si ce n'est de conquête de nouvelles possessions ou de nouveaux territoires est le plus net.

Ce régime ambivalent, partagé entre une aspiration démocratique utopique et un régime légal républicain, on devine aisément que ce ne sont pas les démocrates sincères qui ont intérêt à en entretenir l'ambivalence, mais que ce flou idéologique profite aux institutions républicaines, qui de surcroît bénéficient des moyens techniques et logistiques de l'entretenir, sous couvert d'enseigner l'histoire, l'éducation civique, voire la "science économique" (sic).

Il y a donc bien une logique d'opposition interne au système de valeurs présenté grossièrement comme étant cohérent. Etre "démocrate" ne veut pas forcément dire être "républicain", et être "républicain" ne veut pas dire être effectivement démocrate. Il n'est pas difficile de comprendre comment la crise économique peut avoir pour effet, à elle seule, de creuser un fossé entre "utopistes" et "élitistes".

De surcroît la France a une forte tradition, disons culturelle ou artistique, d'anticléricalisme. Or l'Etat et l'appareil des lois républicains est communément présenté par ses défenseurs comme un tabou infranchissable, à peu près de la manière dont fut protégé dieu ou l'idée de dieu dans l'ancien régime.

On pourra peut-être démontrer la supériorité des valeurs républicaines et laïques sur toutes celles que la France a embrassé précédemment, lors d'un cours d'instruction civique dispensé à des collégiens - cette démonstration sera beaucoup plus difficile à faire sur la foi de l'art, de la littérature, et des livres d'histoire et de science français.

On voit bien que la fracture entre les élites françaises et ceux qui n'en font pas partie, "de facto", ou encore dans un esprit de dissidence volontaire, n'a pas une direction unique : elle se nourrit de doctrines ou de philosophies aussi différentes que le marxisme, l'islam, le royalisme, voire la doctrine réactionnaire de Nietzsche, sur la base commune d'un rejet plus ou moins fort de la culture de masse où les élites dirigeantes semblent trouver appui, bien plus que dans la liberté d'expression. 

Télémax

14:42 Publié dans L'Odeur du Danemark | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : webzine, anarchiste, au trou, république, démocratie | | |

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