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17/01/2014

Le clown triste Finkielkraut

La cause israélienne est sans doute une cause perdue d'avance si l'on se fie à la médiocrité de ses avocats. Dans un débat télévisé l'opposant au dessinateur de presse Plantu, Alain Finkielkraut donne un nouvel exemple de sa maladresse rhétorique.

Si l'on en croit Platon, la rhétorique ne vise pas tant la vérité ou l'élucidation des faits qu'à "emporter le morceau" et convaincre ainsi l'auditoire. La science est donc la meilleure raison de s'opposer à la rhétorique et aux rhéteurs, c'est-à-dire à la présentation de la vérité la plus séduisante. La "rhétorique" vantée par Finkielkraut n'est qu'un joli mot pour dire la propagande.

Quant à la manière rhétorique de Finkielkraut, elle se présente comme un fanatisme ; en gros, le bonhomme argumente comme un étudiant de philosophie disserte. Je dirais même plus, comme un professeur de philosophie assuré d'avoir la meilleure note, puisque c'est lui-même qui corrige les copies. On peut voir que dans cette joute verbale contre Plantu (vidéo ci-dessus), sans vouloir diminuer le mérite de ce dernier, Finkielkraut piétine allègrement la coutume française du dialogue, pour employer un ton inquisitorial ou scolastique. Plantu n'a aucun mal à le souligner en citant Voltaire. Selon moi le ton péremptoire de Finkielkraut, joint à une argumentation défectueuse, ne peuvent produire dans le public français que l'effet inverse de celui recherché par Finkielkraut.

Je ne suis pas psychiatre, mais cependant assez psychologue pour soupçonner que la cause du pacte atlantique israélo-américain est pour Finkielkraut une cause personnelle, quasiment sentimentale, qui l'empêche d'émettre autre chose que des opinions sur ce sujet.

Il faut parler de cause "américano-israélienne", en effet, si l'on n'est pas antisémite, et selon moi on ne le fait pas assez. En effet, que serait le projet sioniste, sans le soutien des Etats-Unis, première puissance militaire mondiale ? Les Juifs sont victimes dans cette affaire d'incarner la politique néo-colonialiste du pacte atlantique au Moyen-Orient, alors qu'ils n'en sont pas plus responsables que les Français ou les Turcs. Mais les dirigeants Israéliens sont bien plus responsables que Dieudonné de cet amalgame entre le Juif et l'occupant occidental.

Quant aux arguments de Finkielkraut, ils sont plus fragiles les uns que les autres :

- Le philosophe pose le principe de la suprématie de la rhétorique sur l'humour, sans le justifier aucunement. Ce principe n'est pas juif, il est totalitaire. La limite du cadre légal assignée à la subversion humoristique est inadmissible pour un humaniste.

- Finkielkraut reproche à Dieudonné comme la chose la plus grave d'occulter le fait de la Shoah. Or le fait véritable est que les spectacles de Dieudonné ne nient pas les massacres de Juifs ; ils accusent Israël de mettre ce fait au service d'une cause politique cynique. Quant à la thèse de R. Faurisson sur les chambres à gaz, on peut reprendre le même argument que Plantu à propos des spectacles de Dieudonné, que Finkielkraut ne connaît que par la bande ou sous forme de courts extraits. On ne peut débattre d'une thèse peu lue et répandue, effectivement censurée. Le FAIT est que Finkielkraut endosse ici le principe de la juste censure, et qu'on ne peut pas se prévaloir à la fois de la vérité des faits ET de la censure. Encore une fois c'est un principe de la philosophie des Lumières que ce qui n'est pas scientifique, on le combat par la science.

- Bien sûr la religion est en cause ici, contrairement à l'affirmation de Finkielkraut ; elle est même peut-être l'élément central du débat. La notion de "peuple élu" hébreu est une notion biblique spirituelle ; dès lors que cette notion fait l'objet d'une récupération politique, afin de justifier un Etat ou une cause particulière, comme c'est le cas d'Israël, elle est ainsi transformée en thèse raciale. L'essayiste Mircéa Eliade prétend que la thèse nazie du peuple aryen est un décalque de la notion du peuple élu juif. C'est faux dans la mesure où la spiritualité juive est dépourvue de plan moral ou politique.

On se situe donc exactement dans le même registre que le prétexte de la croisade chrétienne, c'est-à-dire dans le registre de l'invocation d'une religion pour justifier une cause politique, et donc militaire.

Quant à la Shoah, en tant qu'elle sert d'axe depuis la Libération à un ordre moral, il n'est pas difficile de comprendre qu'elle n'est autre qu'une version laïcisée de l'ordre moral chrétien précédent, et qui répond au besoin de la morale judéo-chrétienne de se renouveler au gré des métamorphoses sociales et économiques occidentales. L'interdit de toucher à la Shoah a bel et bien le caractère d'un tabou religieux. Un athée peut ainsi déduire des valeurs "laïques" de la République française qu'il s'agit en réalité de valeurs qui portent la marque du judéo-christianisme ; il s'interrogera ainsi sur la portée et les limites de cette morale. S'il est "nietzschéen", de surcroît, cet athée ne manquera pas d'ironiser sur l'efficacité de la morale judéo-chrétienne "compassionnelle", selon l'expression de Nietzsche. Et les faits lui donnent raison, car l'aptitude de cette morale à se renouveler n'a pas d'autre cause que sa propension à se dégrader rapidement.

- Le double-jeu de personnalités d'origine juive, converties aux valeurs laïques républicaines, comme Finkielkraut, est donc condamnable et extrêmement dangereux, qu'il soit délibéré ou inconscient. Ce type d'argutie assure à l'Occident un privilège éthique sur le reste du monde, à l'aide de références juives ou chrétiennes qui ne sont pas ordonnées à cette fin. Les prêtres qui relèvent de ces deux religions ont une responsabilité encore plus lourde que Finkielkraut. Le prétexte chrétien de la politique américaine est ainsi particulièrement abject. Bien loin du constat de l'ancienne compagne du philosophe nazi Heidegger, Hannah Arendt, de la "banalité du mal", on doit faire celui de l'extraordinaire ruse des élites occidentales modernes.

- En ce qui concerne Plantu, on ne peut à la fois citer Voltaire comme il le fait, ou les Lumières, et s'en remettre à la justice pour définir ce qui est juste en matière de liberté d'expression. Cela revient à s'accommoder du caractère inquisitorial et dogmatique de la justice.





Télémax

14:03 Publié dans Nouvelle édition ! | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : webzine, anarchiste, au trou, finkielkraut, faurisson, révisionnisme, shoah | | |

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