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06/07/2014

Démocratie et football

Le football a le don d'anéantir l'idéologie démocratique en la rabaissant au niveau quantitatif ou statistique où se situe l'économie, en même temps que le football est un pilier essentiel de la démocratie en temps de paix. On observe que depuis la fin des trente glorieuses, le jeu s'est "durçit", comme on dit pudiquement pour parler d'un phénomène où la compétition l'emporte sur le jeu.

Quand l'équipe gagne, on félicite les joueurs ; mais quand l'équipe perd, on accuse l'entraîneur d'incompétence. De même la démocratie n'est crédible qu'en période de vaches grasses, c'est-à-dire d'avantage compétitif. Quand la mécanique se grippe, le mandat du président est fragilisé.

La France n'est pas un pays de football, et elle compte parmi ses penseurs d'envergure beaucoup plus de détracteurs de la démocratie moderne que d'avocats de cette idéologie. Le préjugé favorable à la démocratie est surtout entretenu par l'Education nationale, comme auparavant la mystique monarchique fut défendue par le clergé. En fait de "réalisme" de droite, il vaut mieux parler d'immoralité, c'est-à-dire d'un comportement qui tient mieux compte de la violence de la nature ; et en fait de morale socialiste, il vaut mieux parler de déguisement des réalités naturelles sous le prétexte de la culture, ce qui revient exactement au rôle du clergé sous l'Ancien Régime, c'est-à-dire atténuer l'injustice à l'aide d'une pommade spirituelle.

La théorie marxiste de la lutte des classes, qui vaut désormais à l'échelle mondiale en raison de son articulation avec l'analyse de la concurrence économique, n'est pas moins destructrice de l'idéologie démocratique moderne aujourd'hui qu'elle ne le fut autrefois de la monarchie ou de la République bourgeoise. C'est ce qui explique que la critique marxiste, la plus dissuasive de prendre le progrès technocratique pour un progrès véritable, a été largement censurée par l'Education nationale, au profit de l'inculcation d'une passivité et d'une discipline absurdes. Même un penseur réactionnaire un tant soit peu sérieux - mettons Nietzsche - n'attribuerait pas à l'échec actuel de l'Education nationale, flagrant d'abord dans le domaine de l'esprit critique, la cause de l'indiscipline ou du laxisme, mais bien au contraire l'excès d'une discipline absurde, c'est-à-dire dénuée de but concret. En l'absence de but précis, toute volonté, aussi solide soit-elle, finit par s'étioler. L'apprentissage pour l'apprentissage, ou l'enseignement pour l'enseignement, est le comble de la perversité humaine, bien plus encore que le libertinage des corps.

Les autorités morales de ce pays ne souffrent pas surtout d'un manque d'autorité mais d'un cruel manque de légitimité. 

Télémax

14:18 Publié dans L'Odeur du Danemark | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : webzine, anarchiste, au trou, démocratie, football | | |

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