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13/07/2014

L'Economie pour les Nuls

Ce n'est pas seulement l'extrême-gauche, mais beaucoup plus généralement l'esprit réactionnaire des Français qui s'oppose aux propositions de changement économique.

Beaucoup d'opposants au nouvel ordre mondial économique n'admettraient pas l'adjectif "réactionnaire", qui a pris une connotation péjorative du fait de la vogue des idéologies modernistes, au premier rang desquelles le libéralisme, parce qu'il est la pensée dominante des élites dirigeantes. Plus exactement, au point où elle est rendue, de culture d'école de commerce, mieux vaut qualifier cette pensée libérale de réflexe ou de déterminisme. On constate d'ailleurs que le discours libéral, s'il continue de peser sur les foules, grâce au moyen qui est le sien de la propagande, a tendance à se heurter à l'esprit critique, dès lors qu'il est soumis au débat, étant donné la nature de plus en plus en plus spéculative de l'argumentaire libéral.

Il est vrai que la pensée réactionnaire s'accorde mal avec l'idéal démocratique, mais on peut remarquer que les Français sont un peuple qui s'accommode assez bien -au moins depuis 1958- d'une constitution monarchique, et n'est guère dupe quant au fait que l'égalité a une valeur plus mystique que réelle... là encore pour la raison typiquement réactionnaire que le Français n'est pas disposé à sacrifier son bonheur à une constitution ou un idéal, aussi démocratiques soient-ils.

Peu importe les réticences à l'égard du terme "réactionnaire", il résume bien cette résistance commune majoritaire au changement. (...)


La doctrine du philosophe allemand (francophile) F. Nietzsche, parce qu'elle est la plus strictement réactionnaire (plus stricte que celle de ses disciples, Charles Maurras ou Michel Onfray), en même temps que la plus cohérente (rattachée à une écologie véritable et non seulement publicitaire), permet le mieux de saisir la psychologie réactionnaire. Celle-ci repose en effet sur une apologie de la jouissance, disons sur le plan "existentiel". Nietzsche démontre de façon convaincante que le mouvement moderne fonde une sorte de masochisme existentiel, autrement dit que le changement moderne n'est pas vers un plus grand bonheur, mais qu'il s'en éloigne au contraire.

Si le sentiment réactionnaire des Français n'est sans doute pas aussi poussé que la conscience réactionnaire de Nietzsche, il les incite cependant à répondre à l'injonction de la propagande libérale au changement (les faits historiques anciens et plus récents obligent à accorder au discours politique libéral la moindre valeur scientifique) : - le changement, pourquoi faire ? Promesse de changement d'herbage réjouit sans doute les veaux, mais les Français, eux, exigent de savoir où on les entraîne avant d'accepter de déménager.

Or la propagande moderniste ne permet pas de répondre à cette question, légitime parce que les élites politiques ont la prétention de représenter les aspirations d'en-bas, ou plus légitime encore parce qu'elle est humaine. Elle ne permet pas d'y répondre, parce le mobile moderne est un pur mobile, c'est-à-dire qu'il comporte une incitation au changement, non seulement comme moyen, mais également comme but. Bien plus qu'elle ne s'accorde avec l'idée de jouissance, l'injonction s'accorde avec le caractère d'une économie occidentale de plus en plus "mobilière", c'est-à-dire comportant certaines transactions inutiles, dont le seul but est l'accroissement des bénéfices.

Les élites du Royaume-Uni ont ainsi vaincu la résistance au changement économique, principalement par le moyen de la violence, afin de pouvoir mettre en place une économie reposant sur la spéculation, qui du point de vue économique est largement irrationnelle.

Il semble difficile d'avoir un propos économique, sans un minimum de psychologie. Tenter de vaincre la réticence des Français au changement économique en fustigeant la frilosité des Français dans des médias subventionnés à la seule fin de contribuer au bourrage de crâne général, est relativement inopérant. Le changement incessant repose certainement sur une inquiétude bien plus grande.

Politiquement, la France se retrouve dans une situation où la volonté de changement des élites se heurte à un immobilisme ou un mouvement de résistance majoritaire, fondé sur des arguments plus rationnels que le changement, un raisonnement économique plus pragmatique.

Certains représentants du "camp libéral" concèdent d'ailleurs parfois qu'il y a peu de rationalité dans la spéculation, et sont sensibles à l'argument qu'une telle économie comporte un risque politique majeur. Cependant ils font observer que, si le retour à un mode économique plus économique peut sembler le bon sens, ce virage est impossible en raison de la compétition économique brutale qui a lieu à l'échelle mondiale, la plus dissuasive de croire en un retour prochain à l'équilibre économique.

Le cours de l'histoire, notion dont la psychologie réactionnaire est pratiquement pure, tout autant que l'idéologie libérale et les théories économiques, est-il nécessairement catastrophique ?

Télémax

18:33 Publié dans Fauchon la Culture ! | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : webzine, anarchiste, au trou, économie, réactionnaire | | |

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