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17/09/2014

Le Monde contre M. Onfray

Michel Onfray est tout sauf anarchiste puisque, à l'en croire il est "nietzschéen". Or il n'y a pas de contempteur plus catégorique de l'anarchie que Nietzsche, au nom de la vertu. Sa doctrine est entièrement faite pour contrer la culture moderne, à laquelle le philosophe réactionnaire prête tous les maux.

Si cette précision s'avère utile, c'est afin de souligner que le totalitarisme est un régime dans lequel la rhétorique a un caractère divin. Les thuriféraires de l'Etat totalitaire attribuent au langage une valeur intrinsèque, et ce qui n'était qu'un outil devient un fétiche religieux. La vocation religieuse des mots supplante leur vocation scientifique. Si l'on peut dire un adepte de la doctrine de Nietzsche "anarchiste", en dépit du caractère clairement conservateur et aristocratique de celle-ci, c'est bien que les mots n'ont plus qu'une valeur de slogan. Nul moyen n'est plus porteur de l'affirmation que "la vérité n'existe pas" que le culte de la rhétorique ou du langage. Cette suggestion, à la longue, ne peut avoir d'autre effet que d'anéantir le langage, comme une règle est anéantie lorsqu'on fait prévaloir l'exception sur la loi.

- La "théorie du genre" est une excellente illustration du surcroît de vérité que le citoyen d'un Etat totalitaire prête à la rhétorique moderne totalitaire par rapport à la nature. C'est aussi un excellent exemple du caractère labyrinthique de la culture moderne, puisque ce problème, conçu pour diviser les Français au nom d'une minorité, du point de vue politique, les divise suivant des étiquettes et des mots d'ordre ubuesques. (...)


Nietzschéen, M. Onfray ne peut que s'opposer à la théorie du genre, argumentaire existentialiste radicalement opposé à l'exhortation vigoureuse de Nietzsche lancée aux élites et à la société occidentale de renouer avec la nature, à peine de s'exposer aux pires catastrophes. Non seulement M. Onfray, mais tout "écologiste" un tant soit peu conséquent, dans la mesure où la relégation de la philosophie naturelle dans l'Occident moderne, la désacralisation de la nature, est sans aucun doute liée au développement d'une casuistique comparable à celle de la "théorie du genre".

Un esprit influencé par Nietzsche n'aura pas de mal à voir à l'oeuvre dans la "théorie du genre" un nihilisme ou une culture de mort "judéo-chrétienne". Nietzsche discerne en effet dans la substitution de la rhétorique à l'ancienne transcendance naturelle le mobile de la morale judéo-chrétienne. On peut même dire que le prêtre chrétien est le modèle dont découle la théorie du genre. Quant aux catholiques qui manifestent contre la "théorie du genre", ils ne font de cette façon que dévoiler un conservatisme culturel que seul le souci des conventions sociales bourgeoises les empêche d'affirmer, ainsi que Nietzsche ose le faire, comme un antisémitisme et un antichristianisme.

Le quotidien "Le Monde" s'en est pris récemment à Michel Onfray, à cause de sa critique de la "théorie du genre", assez timide dans la mesure où la "théorie du genre" est assimilable à une grossière opération de lobbying politique, comme le précédent américain témoigne. "Le Monde" joue son rôle de défenseur du catéchisme moderne hégélien. Voici ce que "Le Monde" écrit :

"L'école qui apprendrait "la théorie du genre", voilà une phrase qu'on s'attendait plus à lire sur le compte twitter d'un militant du Printemps français que sur celui d'un philosophe. Rappelons donc des évidences : il n'existe aucune "théorie du genre" au sens d'un corpus idéologique précis. Il existe en revanche un champ de recherches universitaires, nommés "études de genre", qui s'intéresse à la construction des identités féminine et masculine, et à la perpétuation de clichés qui font, par exemple, qu'une fille qui fait du rugby ou un garçon qui fait de la danse classique sont jugés "anormaux".

A l'argumentation nietzschéenne claire selon laquelle il est impossible de fonder une société ou une culture équilibrée en se coupant entièrement de la nature, argument plus ou moins repris par M. Onfray, et qui encore une fois est le b.a.-ba d'une écologie conséquente, "Le Monde" répond par de vagues arguments. Le "champ de recherches universitaires" est fait pour enfumer le lecteur et le persuader du sérieux des "études de genre". Mais le fait qu'il existe des facs de sociologie ne prouve pas que l'activité à laquelle on s'y adonne soit de nature scientifique. C'est peut-être seulement en raison d'un cliché moderne que l'on prend les universitaires pour des gens sérieux et qu'on prête à leurs occupations le nom de "science" ?

La question de "l'anormalité" est sans doute cruciale, puisque la culture occidentale moderne ne tend pas exactement à dissoudre toute norme morale, mais plutôt à imposer l'anormalité ou l'exception à la règle comme la nouvelle règle. Ce sont ainsi toutes les cultures traditionnelles qui deviendraient anormales si la théorie du genre venait à prendre effet dans le droit, dans la mesure où toute culture a bien un effet normatif. Relativiste, la culture moderne implique bien un jugement discriminatoire de cultures plus anciennes fondées sur l'intérêt général. Derrière le prétexte du "progrès sociétal" ou de l'évolution des moeurs, il n'y a pas à creuser beaucoup pour retrouver la promotion de l'éthique occidentale en tant qu'éthique supérieure imposable au reste du monde.

Du reste, comme le dit bien Kafka, "Croire au progrès ne signifie pas qu'un progrès a déjà eu lieu."


11:28 Publié dans Fauchon la Culture ! | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : webzine, anarchiste, au trou, onfray, le monde, théorie du genre, nietzsche | | |

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